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1er-Mai : un premier boulanger verbalisé en Isère pour avoir employé des salariés

Un boulanger isérois a été verbalisé ce 1er-Mai par des inspecteurs du travail pour avoir employé des salariés dans sa boutique, malgré l’annonce du gouvernement de compter sur « l’intelligence collective » cette année sur le travail dans les boulangeries et fleuristes.

1er-Mai – L’affaire de ce boulanger verbalisé illustre le décalage entre le discours politique et l’application stricte du Code du travail sur le terrain, dans un département déjà marqué par des tensions autour de l’indépendance de l’inspection du travail.

Selon les éléments rendus publics par RMC-BFM, l’artisan a reçu la visite d’agents de contrôle venus vérifier le respect de l’interdiction d’employer des salariés le 1er-Mai, jour légalement férié et chômé. Comme d’autres professionnels, il s’était appuyé sur les déclarations gouvernementales promettant une tolérance, interprétées comme un feu vert implicite à l’ouverture avec du personnel volontaire.

Une promesse de tolérance mise à l’épreuve
Depuis plusieurs semaines, l’exécutif a multiplié les signaux en direction des boulangers et fleuristes, en expliquant qu’une instruction administrative permettrait d’ouvrir ce 1er-Mai avec des salariés volontaires, sans risque de sanction financière, selon Le Dauphiné. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a ainsi annoncé que les commerces artisanaux pourraient travailler dans ce cadre, malgré le rejet d’une proposition de loi en ce sens à l’Assemblée nationale,

Dans les faits, l’Isère fait figure de cas emblématique des limites de cette ligne de « clémence ». Plusieurs boulangeries du département avaient reçu, dès le 21 avril, un courrier de l’inspection du travail rappelant que « le 1er-Mai est un jour férié et chômé » et que l’emploi de salariés ce jour-là s’exposait à des amendes sur le fondement de l’article L.3133-4 du Code du travail. Face à ces injonctions contradictoires, certains artisans avaient décidé de rester ouverts uniquement avec les employeurs à la production et à la vente, renonçant à faire venir leur personnel.

La Préfecture de l’Isère a, de son côté, confirmé que « le 1er-Mai comme tout le reste de l’année, les agents de l’Inspection du travail pourront décider de réaliser des contrôles et doivent pouvoir être en mesure de le faire de manière sereine », en rappelant l’« attachement à l’indépendance de l’inspection du travail ».

« Ça ne me fait vraiment pas peur »
Face à la menace d’une amende dépassant les 5000 euros, Éric Amieux reste cependant serein. « Ça ne me fait vraiment pas peur », a-t-il affirmé, ajoutant : « Je sais qu’on a le soutien de la profession, et que le Premier ministre Sébastien Lecornu a été clair que s’il y avait des amendes, on ne les payerait pas. »
L’affaire est désormais entre les mains du Parquet, qui décidera des suites à donner au procès-verbal. En attendant, les syndicats de l’inspection du travail dénoncent une tentative de dissuasion de la part du ministère. Ils rappellent que faire travailler des salariés un 1er mai reste contraire aux protections prévues par le Code du travail.
Indépendance de l’inspection et incompréhension des artisans
Ce contexte intervient alors que des inspecteurs du travail du département ont récemment dénoncé des « entraves à leur indépendance » et alerté sur les pressions pesant, selon eux, sur leurs missions de contrôle. Réunis fin avril devant la Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités (DDETS) à Grenoble, ils ont mis en cause ce qu’ils considèrent comme une tentative de « banalisation » du travail le 1er-Mai.

Les syndicats d’inspecteurs évoquent un « climat de tension » accentué par la perspective des contrôles de ce jour férié, en estimant que la communication gouvernementale brouille le message adressé aux employeurs. L’affaire du boulanger verbalisé vient, selon eux, rappeler que seule la loi en vigueur s’impose, indépendamment des déclarations politiques.

Du côté des professionnels, les organisations de boulangers avaient déjà dénoncé en 2025 une multiplication des sanctions le 1er-Mai et réclament une clarification durable des règles, en invoquant le volontariat des salariés et le poids économique de cette journée. Un an plus tard, rien n’a bougé et n’a été réglé du côté de l’exécutif.

Certaines organisations annoncent prendre en charge les frais de justice des artisans sanctionnés, tandis que les syndicats de salariés réaffirment l’importance symbolique et juridique de ce jour férié.

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