Priorité nationale : « Avec nous, les allocations familiales seront réservées aux familles de nationalité française », a déclaré Jordan Bardella lors du rassemblement à Mâcon

Jordan Bardella a détaillé, lors du meeting du Rassemblement national du 1er-Mai à Mâcon, plusieurs mesures qu’il mettrait en œuvre en cas de victoire de son camp à la présidentielle de 2027, notamment sur les allocations familiales et le logement social.
Jordan Bardella et les allocations familiales – Ces annonces s’inscrivent dans un contexte où la question du pouvoir d’achat, des aides sociales et de l’accès aux HLM reste au cœur des préoccupations d’une grande partie des ménages français.

Jordan Bardella a notamment affirmé : « Si le RN arrive au pouvoir en 2027, les allocations familiales seront réservées aux familles de nationalité française, et les logements sociaux attribués en priorité aux familles de nationalité française. »
Il a également déclaré que « la France n’a pas vocation à prendre en charge toute la misère du monde. La France n’est pas un hôtel, ni un guichet social, et elle n’a pas vocation à subventionner la natalité d’autres peuples sur son propre territoire. »
Des propositions recentrées sur la « priorité nationale »
Pour les allocations familiales, la mesure annoncée consisterait à réserver cette prestation aux familles de nationalité française, tout en introduisant une vérification du casier judiciaire. Aujourd’hui, les allocations familiales sont versées sous conditions de ressources et de composition familiale, mais elles peuvent bénéficier aussi bien aux Français qu’aux étrangers en situation régulière, dès lors qu’ils résident en France de manière stable et remplissent les critères légaux. Ces prestations familiales sont encadrées par le code de la sécurité sociale et administrées principalement par les caisses d’allocations familiales (CAF), selon Le Figaro.

S’agissant du logement social, Jordan Bardella promet de faire des familles françaises la priorité pour l’attribution des HLM. À l’heure actuelle, la loi ne fait pas de la nationalité un critère exclusif d’accès aux logements sociaux : les HLM sont attribués à des personnes physiques de nationalité française ou à des étrangers admis à séjourner régulièrement, sous conditions de ressources et de situation familiale ou professionnelle. Le dispositif repose sur des commissions d’attribution qui examinent les dossiers à partir de critères définis par le code de la construction et de l’habitation.
Dans son discours, le président du RN justifie ces orientations par la volonté de « défendre » les ménages français face à ce qu’il décrit comme une concurrence accrue pour l’accès aux aides et aux logements. Il insiste sur l’idée qu’ils faillent récompenser les efforts des citoyens français en priorité, en particulier dans les zones où la tension sur le logement et les services publics est la plus forte. Cette rhétorique s’inscrit dans une ligne déjà portée de longue date par sa formation politique sur la « priorité nationale » dans l’accès à certains droits sociaux, selon Le Monde.
Un cadre juridique et européen contraignant
Les annonces de Jordan Bardella posent toutefois la question de leur compatibilité avec le droit en vigueur, tant au niveau national qu’européen. En matière de logement social, les textes actuels permettent l’accès aux HLM aux étrangers titulaires d’un titre de séjour valide, sur la base de critères objectifs comme le niveau de ressources, la composition du foyer, la situation de handicap ou d’urgence. Modifier ces règles pour introduire un critère prioritaire de nationalité supposerait une réforme législative d’ampleur, et pourrait susciter un contrôle de constitutionnalité.
Sur les prestations familiales, les règles françaises ont déjà été adaptées au fil des années sous l’effet de la jurisprudence européenne, qui impose un traitement non discriminatoire entre ressortissants de l’Union européenne résidant légalement dans un État membre. Une restriction systématique des allocations familiales aux seuls citoyens français se heurterait donc potentiellement au droit de l’Union et aux engagements internationaux de la France, notamment en matière de non-discrimination.
Par ailleurs, les dispositifs existants ciblent déjà de manière différenciée les ménages selon leurs revenus, le nombre et l’âge des enfants, avec des plafonds revalorisés chaque année pour tenir compte de l’inflation. Le débat ne porte donc pas seulement sur le « pour qui », mais aussi sur le « combien » et le « comment » financer durablement ces politiques sociales dans un contexte de contrainte budgétaire.
Réactions des oppositions et des acteurs sociaux
Les oppositions de gauche et du centre critiquent ces propositions, les accusant d’instaurer une rupture dans le principe d’égalité devant les services publics et la protection sociale. Elles soulignent que, dans les faits, l’accès aux HLM comme aux allocations familiales est déjà fortement conditionné par le niveau de ressources et la situation familiale, et que le véritable enjeu réside dans l’augmentation de l’offre de logements et le financement des politiques familiales. Des responsables politiques mettent aussi en avant le risque de stigmatisation d’une partie de la population résidant légalement en France.
Des associations familiales et de lutte contre l’exclusion réagissent également, en rappelant que le logement social est conçu comme un outil de cohésion sociale, et non comme un dispositif réservé à une seule catégorie de population. Elles insistent sur la nécessité de maintenir des critères d’attribution fondés sur la vulnérabilité économique et sociale plutôt que sur la nationalité, afin de répondre aux situations d’urgence (expulsions, hébergement précaire, violences intrafamiliales, etc.).
Le RN, de son côté, met en avant le soutien d’une partie de l’opinion publique à l’idée de donner la priorité aux ménages français pour l’accès aux HLM. Des sondages récents font état d’une forte sensibilité de l’électorat sur ce thème, dans un contexte de pénurie de logements et de tension sur les aides sociales.
Le débat autour de ces propositions devrait donc rester central dans la campagne présidentielle à venir, entre défense d’une priorité nationale et une protection sociale française très ancrée dans le droit.

