Marine Tondelier veut des cours d’éducation se&xuelle dès la maternelle

Marine Tondelier, secrétaire nationale des écologistes, a relancé le débat sur l’école en plaidant pour des « cours d’éducation à la vie affective, relationnelle et se&xuelle dès la maternelle ». Cette prise de position s’inscrit dans un contexte où l’éducation nationale déploie déjà un programme structuré d’« éducation à la vie affective et relationnelle » à l’école primaire, étendu à la se&xualité au collège et au lycée.
Marine Tondelier justifie ces cours d’éducation se&xuelle dès la maternelle par la nécessité de mieux prévenir les violences sexistes et sexuelles, de lutter contre le harcèlement et les stéréotypes de genre, et d’offrir aux enfants un cadre sécurisant pour parler de leur corps et de leurs émotions.
Mais la perspective d’une sensibilisation « dès la maternelle » divise, entre partisans d’une approche précoce de la prévention et voix inquiètes d’un risque de confusion des âges ou d’intrusion dans le rôle des parents.
Des cours d’éducation sexuelle qui s’inscrivent dans un cadre déjà existant
Depuis plusieurs années, le Code de l’éducation prévoit une « éducation à la se&xualité » déployée de manière progressive de l’école maternelle jusqu’au lycée. Dans les textes, l’école maternelle et élémentaire relèvent d’abord d’une « éducation à la vie affective et relationnelle », centrée sur le développement de l’enfant, ses émotions, le respect de l’intimité et l’égalité entre filles et garçons. Un programme national EVARS (éducation à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité) est d’ailleurs entré en vigueur à la rentrée 2025 pour tous les niveaux, de la maternelle à la terminale.
Concrètement, l’éducation nationale fixe un minimum de trois séances spécifiques par an, organisées par groupes d’âge homogènes et adaptées au développement des élèves. En maternelle, il s’agit d’abord d’aider l’enfant à nommer les parties de son corps, à reconnaître ses émotions, à comprendre la notion d’intimité et à apprendre à dire « oui » ou « non » dans des situations simples du quotidien. Le ministère met en avant des objectifs de prévention, de protection contre les violences et de promotion de relations respectueuses, sans contenu sexuel explicite pour les plus jeunes.
La proposition de Marine Tondelier s’inscrit donc dans un cadre déjà largement défini par l’institution scolaire, mais elle en revendique une affirmation politique plus nette et plus lisible. En parlant de « cours d’éducation à la vie affective, relationnelle et se&xuelle dès la maternelle », elle assume une formulation qui rassemble, dans un même intitulé, des dimensions aujourd’hui juridiquement distinguées entre primaire et secondaire.
Les arguments des défenseurs : prévention et égalité
Les partisans d’une éducation précoce rappellent qu’une partie des violences sexuelles sur mineurs survient avant l’entrée au collège, alors même que les enfants manquent d’outils pour identifier des situations abusives et demander de l’aide. Pour eux, travailler dès la maternelle sur le vocabulaire du corps, la notion de consentement dans des situations adaptées à l’âge, le respect de l’intimité et la lutte contre les stéréotypes contribue à renforcer la protection des plus jeunes, selon un document du ministère de l’Éducation.
Des associations de parents favorables au programme EVARS soulignent que ces séances peuvent aussi offrir un espace sécurisé où l’enfant apprend à exprimer un malaise, ce que la famille ne permet pas toujours, notamment en cas de violences intrafamiliales. Elles insistent sur le fait que ces contenus sont pensés comme un accompagnement à la parentalité, et non comme un substitut à la parole des parents, avec la possibilité de travailler en lien avec eux.

Le ministère de l’Éducation nationale, dans sa communication officielle, présente ce programme comme un levier pour promouvoir l’égalité entre filles et garçons et lutter contre le harcèlement scolaire. En amont de la puberté, les séances visent à aborder, sous une forme ludique et sécurisée, les questions de respect, de gestion des conflits, de refus d’un contact non désiré et de repérage des situations de danger.
Les critiques : peur d’une « se&xualisation » précoce et rôle des familles
Face à cette démarche, plusieurs collectifs et associations expriment leurs réserves, voire leur opposition, notamment sur l’extension explicite de l’« éducation sexuelle » à la maternelle. Certains estiment que parler de sexualité, même de façon indirecte, à des enfants si jeunes reviendrait à « sexualiser » prématurément leur représentation du corps, au risque de brouiller des étapes de développement.
Des associations familiales craignent aussi que l’école empiète sur un domaine qu’elles jugent relever d’abord de la responsabilité des parents, en particulier pour les références morales ou spirituelles liées à la sexualité. Elles plaident pour une meilleure concertation avec les familles, une transparence renforcée sur les contenus et la possibilité d’adaptations locales, tout en reconnaissant l’importance de prévenir les violences.

Sur le terrain politique, cette proposition alimente des désaccords sur la place de l’école dans l’intime et sur la frontière entre instruction publique et valeurs familiales. Certains responsables estiment que l’enjeu prioritaire devrait rester l’apprentissage des fondamentaux en maternelle, quand d’autres défendent une vision plus globale de l’éducation incluant le développement affectif et relationnel.
Un débat appelé à se structurer
Au-delà de la formule choisie par Marine Tondelier, le débat porte sur le contenu concret des séances, leur encadrement et la formation des enseignants. Plusieurs experts demandent que ces interventions s’appuient sur des équipes pluridisciplinaires, associant enseignants, professionnels de santé et associations spécialisées, afin d’assurer un discours cohérent et adapté à chaque âge.
Dans un contexte de forte sensibilité autour de l’école, la manière dont ce programme sera expliqué aux familles apparaît comme un enjeu central de sa mise en œuvre. La proposition des écologistes pourrait ainsi conduire le gouvernement et l’institution scolaire à préciser davantage ce qui relève de l’éducation à la vie affective et relationnelle en maternelle, et ce qui ne relève pas, pour lever les ambiguïtés et éviter les surinterprétations.


