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Sacrifiés pour sauver le Cap Ferret des stars ? La colère de ces villages brûlés en Gironde

Jeudi 23 juillet, les flammes ont atteint Le Porge, commune de 3 700 habitants à l’année, coincée entre l’océan et la forêt. Le bilan y est l’un des plus lourds de tout l’incendie : au moins 175 habitations complètement détruites, selon le décompte rapporté par franceinfo.

Bernard, charpentier de 65 ans, a retrouvé son quartier réduit en cendres, tel un paysage de guerre. Sa maison a été sauvée, mais son atelier et ses bureaux sont partis en fumée, comme la maison de ses voisins. « On est complètement sinistrés, abandonnés », confie-t-il à franceinfo.

Cette nuit-là, des aînés ont fui dans des conditions effrayantes. Les parents d’une habitante, âgés de 76 et 80 ans, ont pris la route en pleine nuit, dans le brouillard, par des chemins forestiers non balisés. Pendant ce temps, leur maison brûlait derrière eux.

Chez les sinistrés qui reviennent constater les dégâts, un sentiment domine : l’abandon. Selon des habitants interrogés par l’AFP, tout brûlait au Porge pendant que le Cap Ferret, lui, restait intact. À leurs yeux, les moyens de secours seraient massivement partis défendre la presqu’île.

Dorothée Benassy, conseillère municipale du Porge, décrit des habitants qui se sont sentis délaissés lorsque les autorités ont redirigé les renforts vers la presqu’île. Un sentiment partagé, précise-t-elle, jusque chez les bénévoles et les pompiers du secteur, eux aussi laissés en première ligne.

Au Temple, village voisin, le coordinateur des bénévoles Pierre Alexandre estime que la zone a manqué d’unités et de véhicules, sacrifiée selon lui au profit des résidents aisés du Cap Ferret. Une habitante y voit une décision politique. Bernard, lui, pense que le feu aurait dû être contenu dès Saumos.

3/5 Feu hors de contrôle, nuit sans avions : la réponse des autorités
Face à ces accusations, le maire appelle à ne tirer aucune conclusion avant la fin des investigations. Selon lui, les moyens étaient bien disponibles, mais le feu était hors de contrôle et se propageait dans toutes les directions à la fois. Impossible, dans ces conditions, de tout défendre en même temps.

Il avance surtout un point technique décisif : les dégâts les plus graves sont survenus la nuit, quand les avions bombardiers d’eau ne peuvent pas voler. Or, sur des feux de cette ampleur, l’appui aérien est essentiel. Il reconnaît toutefois que des questions tactiques légitimes devront être examinées.

La préfète de la Gironde, Sophie Brocas, invoque de son côté un feu au comportement jamais observé, changeant de direction de façon imprévisible. Selon elle, personne ne pouvait anticiper le retournement qui a frappé Le Porge. L’enquête et le retour d’expérience devront trancher, point par point.

Une précision essentielle s’impose : au Porge, personne n’accuse les soldats du feu eux-mêmes. La colère vise les décisions d’allocation des moyens, prises plus haut. L’élue municipale range d’ailleurs les pompiers parmi ceux qui se sont sentis abandonnés, au même titre que les habitants.

Sur la presqu’île, un reportage de franceinfo les décrit « hachés, morts de fatigue », dormant à même le sol, à l’ombre des pins, après six jours de lutte ininterrompue. Depuis le début du sinistre, 75 d’entre eux ont été blessés. Leur courage, lui, fait l’unanimité.

Le bilan humain force d’ailleurs le respect : malgré 42 000 hectares partis en fumée et des évacuations massives, aucun décès n’est à déplorer dans la population. Y compris chez les plus en colère, l’héroïsme des équipes au sol n’est jamais remis en question.

À ce jour, l’incendie a détruit 42 000 hectares, un chiffre vertigineux. Le feu s’est stabilisé dimanche soir, mais stabilisé ne veut pas dire éteint : des reprises restent surveillées en permanence, et d’importants moyens demeurent mobilisés sur l’ensemble du périmètre.

La météo inquiète déjà de nouveau. La remontée des températures attendue dès mardi, accompagnée d’un vent défavorable, fait craindre un réembrasement. Au moindre redémarrage, villages et presqu’île replongeraient ensemble dans l’angoisse des derniers jours.

Pour les sinistrés commence l’autre bataille : le relogement, les déclarations à l’assurance habitation, puis une reconstruction qui s’annonce longue. La question du « sacrifice », elle, sera tranchée par l’enquête. D’ici là, fiez-vous aux points de situation officiels de la préfecture de la Gironde.

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