Le militant anticolonialiste Kemi Seba, déchu de sa nationalité française, a été arrêté en Afrique du Sud

L’influenceur anticolonialiste Kemi Seba, visé par un mandat d’arrêt au Bénin qui l’accuse d’avoir soutenu la tentative de coup d’Etat de décembre, a été arrêté en Afrique du Sud où il fait l’objet d’une « procédure d’extradition en cours », a annoncé la police locale jeudi.
Militant anticolonialiste Kemi Seba – A la tête de l’ONG baptisée « Urgences panafricanistes » et connu pour ses diatribes radicales contre la France et les pouvoirs africains alliés de Paris, il a été arrêté lundi, en compagnie d’un fils, pour des « faits présumés de facilitation d’entrée illégale au Zimbabwe via le fleuve Limpopo », selon le communiqué de la police sud-africaine.
L’ONG a dénoncé jeudi soir une tentative de « mise à mort politique » de Kemi Seba par le pouvoir béninois, dans un communiqué.
« Loin de l’affaiblir, ces manœuvres ne font que renforcer la légitimité et la portée de son engagement en faveur de la justice sociale, de la souveraineté et de la dignité africaine », a-t-elle affirmé.
Un influenceur anticolonialiste déchu de sa nationalité française en 2024
De son vrai nom, Stellio Gilles Robert Capo Chichi, il compte 1,5 million d’abonnés sur les réseaux sociaux et est poursuivi au Bénin pour « apologie de crimes contre la sûreté de l’État et incitation à la rébellion ».
Né Franco-Béninois, Kemi Seba, 44 ans, a été déchu de sa nationalité française en 2024 et soutient les régimes militaires issus de coups d’Etat au Sahel, hostiles à Paris et proches de la Russie. La junte nigérienne lui a octroyé un passeport diplomatique.
D’après la police-sud-africaine, le duo père-fils avait l’ »intention de poursuivre sa route vers l’Europe » depuis le Zimbabwe. « Leur comparution a été reportée au 20 avril 2026 et ils ont été placés en détention provisoire, une procédure d’extradition étant en cours », est-il précisé dans son communiqué.
« Le Bénin est en train de prendre les dispositions pour qu’une délégation se rende sur place pour les formalités en vue de son extraction », a affirmé une source à la présidence béninoise contactée par l’AFP.
Selon elle, Kemi Seba « aurait souhaité qu’on le rapatrie sur le Niger et pas au Benin ».
Juan Branco le représente en France
« L’Afrique du Sud a une longue tradition d’accueil et de protection des réfugiés politiques. Elle respecte le droit. Elle ne cédera pas », a réagi l’avocat le représentant en France, Juan Branco, sur les réseaux sociaux.
Kemi Seba possède un passeport diplomatique nigérien, octroyé par la junte au pouvoir issue d’un coup d’Etat perpétré en 2023. Le Niger, voisin du Bénin, mène une virulente politique anti-occidentale et s’est rapproché de Moscou.
L’arrestation a eu lieu dans un centre commercial de Pretoria où Kemi Seba a été interpellé en compagnie d’un facilitateur, qui avait reçu 250.000 rands, soit environ 13.000 euros, pour l’aider à traverser la frontière.
Poursuivi au Bénin pour « apologie de crimes contre la sûreté de l’État et incitation à la rébellion ».
Au Bénin, des militaires mutins étaient apparus à la télévision le 7 décembre, annonçant avoir renversé le président Patrice Talon. En réalité, celui-ci, défendu par l’armée béninoise, n’avait jamais été arrêté et le putsch a été déjoué dans la journée avec l’appui des alliés nigérian et français.
Ce jour-là, Kemi Seba a salué dans une vidéo « le jour de la libération » de son pays. Farouche opposant de Patrice Talon, il avait été brièvement interpellé en 2019 et en 2023, lors de passages au Bénin.
« Kemi Seba fait, depuis plusieurs années, l’objet d’une persécution absurde », estime Juan Branco, ajoutant que les « autorités du Bénin » ont « fait arrêter père, mère, et la mère de ses enfants » ces dernières semaines.
Soupçons de « liens » avec le groupe paramilitaire russe Wagner
En octobre 2024, il a avait été placé en garde à vue en France en raison de soupçons de « liens » avec le groupe paramilitaire russe Wagner, puis relâché, même si l’enquête du parquet de Paris se poursuivait encore récemment.
Un an plus tôt, plusieurs médias avaient publié les Wagner Leaks, issus d’un piratage de documents internes au groupe paramilitaire Wagner, qui indiquaient que son fondateur Evgueni Prigojine, depuis décédé, avait financé et guidé certaines actions de Kemi Seba en Afrique entre 2018 et 2019.
En 2025, un journaliste béninois critique du pouvoir avait été interpellé le 10 juillet par les autorités ivoiriennes et extradé au Bénin, après avoir été invité par Abidjan à participer à un salon de l’innovation numérique.
Hugues Comlan Sossoukpè, directeur de publication du journal en ligne Olofofo, est détenu à la prison civile de Ouidah (sud). Il avait le statut de réfugié politique au Togo.
Au Bénin, l’espace démocratique s’est réduit depuis une décennie, selon de nombreux observateurs.
Patrice Talon a passé la main après deux mandats. Lors de l’élection présidentielle de dimanche, son ministre des Finances Romuald Wadagni, candidat de la majorité a été élu sur un score écrasant de plus de 94%.


