Présidentielle 2027 : Bally Bagayoko évoque une «insurrection populaire» en cas de victoire du RN

Le maire LFI de Saint-Denis et Pierrefitte-sur-Seine, Bally Bagayoko, a provoqué une nouvelle onde de choc politique en évoquant une «insurrection populaire» si le Rassemblement national remportait l’élection présidentielle de 2027.
Présidentielle 2027 – Dans un entretien accordé au média en ligne Oumma.com, l’élu décrit un pays arrivé à un «moment de bascule» entre deux projets qu’il juge irréconciliables.
Ces déclarations interviennent alors que la gauche se cherche une stratégie face à la progression du RN dans les intentions de vote et que la candidature de Jean-Luc Mélenchon pour 2027 a été officialisée par l’intergroupe de La France insoumise.

Elles nourrissent un débat déjà vif sur les limites du discours politique, la responsabilité des élus locaux et la manière de répondre à la perspective d’une alternance à la tête de l’État.
Un maire qui parle de «bascule historique» à la Présidentielle 2027
Dans la vidéo diffusée par Oumma.com, Bally Bagayoko résume l’affrontement politique à venir par une formule tranchée : «Soit c’est nous, soit c’est eux (…), c’est-à-dire l’extrême droite». Il assure avoir «l’intime conviction que le peuple se lèvera» en cas de victoire du RN à la présidentielle, estimant que la population ne se résignerait pas à une telle issue.
Interrogé sur le terme d’«insurrection», il insiste sur le rôle des mouvements de rue dans l’histoire politique française, citant la prise de la Bastille ou encore le mouvement des Gilets jaunes pour illustrer son propos.
L’élu affirme toutefois ne pas lancer un mot d’ordre organisé, en expliquant que «les jeunes n’ont pas besoin d’appel» et qu’ils seraient déjà suffisamment «conscientisés» pour agir par eux-mêmes. Il décrit cette possible «insurrection populaire» comme «un soulèvement important de la population» et comme une «forme d’indignation populaire qui se traduit par une mobilisation de masse», rejetant l’idée d’un plan insurrectionnel préparé.

Au cours de l’entretien, l’intervieweur le met en garde sur la portée juridique de ces propos, en rappelant que «les mots sont importants», sans que Bally Bagayoko ne les nuance réellement.
Sur le fond, le maire de Saint-Denis inscrit cette radicalité verbale dans une lecture conflictuelle de la période, marquée selon lui par la montée du RN et par ce qu’il voit comme un durcissement des politiques gouvernementales. Proche de Jean-Luc Mélenchon, il défend depuis plusieurs semaines l’idée que «la victoire de 2027 est absolument à portée de main» pour LFI, à condition de structurer un rapport de force social et politique durable.
Réactions et inquiétudes autour de l’appel à l’«insurrection»
Les propos du maire de Saint-Denis ont rapidement suscité des réactions au sein de la classe politique, notamment dans les rangs du RN. Sur Europe 1, le vice-président du parti, Sébastien Chenu, a jugé ces déclarations «pas très étonnantes», estimant que Bally Bagayoko «dit tout haut ce que Jean-Luc Mélenchon pense tout bas» à propos d’une contestation radicale du résultat des urnes. Pour les responsables du RN, cet «appel à l’insurrection populaire» confirme, selon eux, une forme de dérive chez certains élus de LFI face à la perspective d’une alternance démocratique.
Dans un contexte de tensions autour de la légitimité des institutions, l’idée de ne pas «se soumettre au résultat des urnes» alimente les interrogations sur le respect des règles démocratiques. L’appel explicite à la révolte contre les institutions peut entrer en conflit avec le Code pénal, même si l’appréciation dépend du contexte, du ton et de la capacité réelle à provoquer des troubles.
Ces réactions interviennent alors que Bally Bagayoko était déjà au cœur d’une controverse après avoir décroché le portrait officiel du président de la République dans sa mairie, un geste pour lequel le préfet lui a demandé de «reconsidérer sa position» au nom du rôle rassembleur attendu d’un maire. L’épisode de l’«insurrection populaire» contribue ainsi à renforcer son image d’élu assumant une ligne de rupture, mais aussi à placer sous tension les relations entre l’exécutif, les collectivités locales et les formations politiques nationales.
Une gauche sous tension face à la progression du RN
Pour La France insoumise, ces propos illustrent un positionnement de confrontation frontale avec le RN à l’approche de 2027. Bally Bagayoko s’inscrit dans la stratégie d’une gauche qui entend, selon lui, empêcher la normalisation du parti de Marine Le Pen et de Jordan Bardella, en présentant la prochaine présidentielle comme un choix de société fondamental plutôt qu’une alternance classique. L’élu affirme que «la population est capable de se lever» et que «toutes les réformes importantes dans ce pays se sont faites par une insurrection populaire», cherchant à mobiliser un imaginaire historique de résistance.
Dans le même temps, d’autres forces de gauche, notamment celles qui contestent la candidature de Jean-Luc Mélenchon, s’inquiètent des effets de ce type de discours sur une partie de l’électorat modéré. Elles redoutent que la polarisation, nourrie par des références à l’«insurrection», fragilise encore davantage la possibilité de coalitions larges face au RN, déjà difficile à construire depuis l’échec de la Nupes.
À mesure que se rapproche l’échéance de 2027, l’épisode illustre la manière dont la progression du RN tend le débat public et pousse certains responsables à durcir leurs formules. Reste à savoir si ces mots resteront au niveau du symbole ou s’ils pèseront sur la campagne à venir, en alimentant à la fois la stratégie de LFI mentionnant régulièrement la violence politique pour arriver au pouvoir et les arguments de ceux qui plaident pour un strict respect du cadre institutionnel


