Nîmes : des agriculteurs deviennent patrons d’un supermarché, les prix sont plus bas, les producteurs sont mieux payés

À l’entrée sud de Nîmes, le parking du « Mas des agriculteurs » se remplit dès l’ouverture, comme dans n’importe quelle grande surface de périphérie. Mais derrière les portes vitrées de ce magasin de 960 m², inauguré en 2019, ce sont les producteurs eux-mêmes qui ont pris les commandes de l’offre et des prix.
Nîmes – Dans les rayons du Mas des agriculteurs, fruits, légumes, boucherie, crèmerie et épicerie proviennent quasi exclusivement du Gard ou de départements limitrophes, avec l’ambition d’offrir une alternative locale à la grande distribution, sans renoncer au confort du chariot et aux horaires étendus.

Un « supermarché de terroir » à grande échelle
Pensé comme une grande surface « classique » dans son organisation, le Mas des agriculteurs réunit aujourd’hui plusieurs centaines de producteurs gardois, certains médias évoquant plus de 600 agriculteurs impliqués dans la structure. En rayon, l’enseigne revendique « que du local et 90 % gardois », avec des produits issus majoritairement du département, le reste venant de Lozère, d’Aveyron ou d’autres territoires voisins pour compléter certaines gammes.

Sur des ardoises, les clients peuvent lire le prix, le nombre de kilomètres parcourus et le nom du producteur, tandis que les portraits de ces derniers sont affichés sur les murs. Cela peut aller jusqu’à 100 km avec 90 % de produits gardois, selon un article publié sur le site culinaire Marmiton.
L’expérience proposée se veut celle d’une grande surface, avec drive et livraison locale, mais sans tomates en hiver : un calendrier de saison est affiché en magasin, signe d’une offre structurée autour de la production locale plutôt que des standards internationaux.
Des prix construits à partir des coûts de production
Dans ce supermarché fermier, la logique commerciale est inversée : ce ne sont plus des centrales d’achat qui imposent leurs tarifs, mais les agriculteurs qui fixent eux-mêmes le prix de vente à partir de leurs coûts de production réels. Cette approche vise à garantir une rémunération jugée plus juste pour ceux qui produisent, dans un contexte de crise agricole et de défiance envers la grande distribution.
En supprimant les intermédiaires, en réduisant les transports frigorifiques et en mutualisant un point de vente unique, les responsables du Mas des agriculteurs assurent pouvoir proposer des tarifs compétitifs, comparables, voire inférieurs à ceux des grandes enseignes, tout en améliorant le revenu des exploitants.
Ls fruits et légumes sont annoncés moins chers qu’en grande distribution, tandis que l’enseigne fournit également 26 collèges, la majorité des lycées du Gard et plus d’une centaine de clients professionnels, de la restauration collective aux restaurateurs indépendants.
Des consommateurs attirés par la transparence et la fraîcheur
Pour les clients, le premier argument mis en avant reste la fraîcheur, avec des produits parfois récoltés le matin pour être mis en rayon l’après‑midi, et la possibilité de connaître précisément l’origine de ce qu’ils mettent dans leur panier. Cette transparence sur la provenance et la rémunération séduit des consommateurs soucieux de l’impact environnemental de leur alimentation et de leur soutien au tissu agricole local.
La démarche s’inscrit dans un mouvement plus large de « relocalisation alimentaire » encouragé par le Projet alimentaire territorial de Nîmes Métropole, qui vise à rapprocher production et consommation à l’échelle du bassin de vie, selon le Réveil du Midi. « À Nîmes, le Mas des agriculteurs, un supermarché 100 % local géré par des agriculteurs gardois, regroupe plus de 600 producteurs et prouve qu’une alternative à la grande distribution et une véritable relocalisation alimentaire sont possibles », selon Reporterre.
Si ce modèle reste marginal à l’échelle de la grande distribution, l’expérience nîmoise est observée de près par d’autres territoires, alors que le pouvoir d’achat, la qualité de l’alimentation et la rémunération des agriculteurs demeurent au cœur des préoccupations publiques.

