« Au vu des risques », Quimper annule le banquet du Canon français après la polémique de Caen

L’agglomération de Quimper a obtenu l’annulation d’un banquet du « Canon français » prévu en décembre prochain. Cette décision intervient dans un contexte d’inquiétudes liées à des signalements d’incidents lors d’une précédente édition à Caen, relayés notamment par l’élue LFI Emma Fourreau. À ce stade, aucune plainte n’a pourtant été déposée.
Ces inquiétudes font suite à la soirée du 18 avril à Caen, où 4000 participants s’étaient réunis. Après le banquet, qui s’est déroulé sans débordements, environ 200 d’entre eux se seraient rendus en centre-ville, relate encore ICI Breizh Izel. Des incidents auraient alors éclaté, selon des témoignages relayés par Emma Fourreau sur ses réseaux sociaux. « Les témoignages affluent après le banquet du Canon français à Caen : insultes racistes et sexistes, menaces, violences », a notamment écrit l’eurodéputée et conseillère municipale LFI à Caen sur son compte Facebook, le 19 avril dernier. Ouest-France souligne néanmoins qu’à ce stade, « aucune plainte n’a été déposée ».

L’eurodéputée Insoumise a par ailleurs adressé un signalement au procureur de la République, rapporte France 3 Normandie. Elle dénonce une « provocation à la discrimination », des « injures publiques », ainsi que des « menaces et violences ».
Contacté par France 3 Normandie, le procureur de la République de Caen, Joël Garrigue, a apporté des précisions sur la procédure en cours. Il indique qu’il a demandé à l’eurodéputée « des informations complémentaires aux faits relatés dans son courrier ». « Nous verrons ensuite quelle suite donner à ce courrier », a-t-il ajouté. L’autorité judiciaire attend donc des éléments tangibles avant d’engager d’éventuelles poursuites concernant les comportements signalés en marge de l’événement.
« On est là juste pour faire la fête »

De leur côté, les organisateurs rejettent toute responsabilité dans ces débordements et dénoncent une cabale politique. Pierre-Alexandre de Boisse, cofondateur de l’entreprise, a défendu sa structure auprès du journal Le Télégramme. Il a assuré : « On n’est pas un parti politique et on ne veut pas que nos événements soient une caricature. On est là juste pour faire la fête. » Pour lui, le choix de Quimper répondait simplement à des besoins logistiques et de capacité d’accueil pour leurs « canonniers ».
Le financement de la structure alimente également la polémique. Le milliardaire Pierre-Édouard Stérin figure en effet parmi les investisseurs minoritaires de la société. L’homme d’affaires est engagé dans le projet politique « Périclès » (Patriotes Enracinés Résistants-Identitaires-Chrétiens-Libéraux-Européens-Souverainistes), source de tensions pour ses opposants.
Interrogé par France 3 Normandie sur ce soutien controversé, Géraud de la Tour, le second cofondateur, a apporté une explication de contexte : « Nous avons signé avec lui avant d’entendre parler du projet, qui n’a rien à voir avec nous. » Il a poursuivi : « On l’a découvert après coup. Après, ce n’est pas pour ça qu’on ne l’aurait pas fait. » Le dirigeant a également tenu à préciser que son entreprise repose sur un système « très vertueux » faisant travailler les artisans locaux.
« Les censeurs et les aigris n’auront pas la peau de notre patrimoine culturel commun »
Enfin, les deux dirigeants ont pris la parole dans une tribune publiée par Le Figaro pour fustiger l’annulation de leurs banquets. Ils ont ainsi affirmé : « Les censeurs et les aigris n’auront pas la peau de notre patrimoine culturel commun. » Les cofondateurs ont poursuivi leur plaidoyer en appelant à une prise de conscience : « Nous le disons solennellement : cette recrudescence de l’expression de la haine contre tout ce qui évoque notre patrimoine culturel commun et ceux qu’il fait vibrer doit nous inquiéter collectivement. »
Les deux cofondateurs ont ainsi dénoncé une stratégie de tension orchestrée par une poignée de réfractaires. « Un climat d’intolérance est en train de s’installer, dans lequel célébrer le terroir français et la chanson populaire devient, aux yeux d’une minorité très radicale, un acte suspect », ont-ils déploré. Pour eux, « cette vague de haine impose un sursaut citoyen ». Et de conclure : « Nous devons tous prendre la mesure de la gravité de cette stratégie de la tension permanente mise en place par des forces qui veulent du mal à notre société. »
Emmanuelle Bourdy
Emmanuelle Bourdy


