Actualités

Affaire Crépol : les 11 accusés seront jugés pour racisme contre «la race blanche et la nation française»

Près de trois ans après la mort de Thomas Perotto, 16 ans, lors du bal de Crépol dans la Drôme, la justice vient de franchir une nouvelle étape majeure. Onze jeunes hommes seront renvoyés devant la cour d’assises des mineurs de la Drôme, notamment pour meurtre aggravé par une circonstance de discrimination raciale visant, selon l’ordonnance de mise en accusation, « la race blanche et la nation française ».

Onze accusés renvoyés devant les assises

Le 25 septembre 2026, les juges d’instruction ont rendu leur ordonnance de mise en accusation après près de trois années d’instruction. Onze hommes, dont l’un était mineur au moment des faits, sont renvoyés devant la cour d’assises des mineurs de la Drôme pour le meurtre de Thomas Perotto et plusieurs autres faits de violences.

Un douzième homme sera également jugé, mais pour des violences volontaires avec arme. Deux autres personnes initialement mises en examen ont bénéficié d’un non-lieu.

Le procès ne devrait toutefois pas se tenir immédiatement. Plusieurs avocats ont annoncé leur intention de contester la décision, ce qui pourrait entraîner des recours devant la chambre de l’instruction. Selon l’AFP, l’audience pourrait ne pas avoir lieu avant la fin de 2027, voire le début de 2028.

La circonstance aggravante de racisme retenue

L’un des principaux éléments de cette décision concerne la qualification de racisme.

Les magistrats instructeurs ont retenu une circonstance aggravante correspondant à une « discrimination objective » envers « la race blanche et la nation française ». Cette décision s’appuie notamment sur les témoignages recueillis au cours de l’enquête.

Plusieurs témoins ont affirmé avoir entendu, pendant les violences, des propos tels que « sale Blanc, sale Français », « on est là pour tuer des Français » ou encore « on va crever les petits Blancs ». Le contenu exact et la formulation des propos ont toutefois varié selon les témoignages.

Les juges indiquent avoir identifié 19 témoins directs ayant rapporté des propos discriminatoires. Une partie importante de ces témoignages a été recueillie dans les heures ou les jours ayant suivi les faits. Pour les magistrats, cette proximité temporelle limitait notamment le risque d’une concertation entre témoins. Ils estiment qu’il existe une concordance suffisante entre plusieurs récits.

Le parquet n’avait pas retenu cette circonstance

La décision des juges intervient alors que le parquet de Valence avait adopté une position différente.

Dans son réquisitoire définitif du 17 août 2026, le parquet ne souhaitait pas retenir la circonstance aggravante de racisme. Il estimait notamment que les témoignages concernés étaient minoritaires, imprécis et parfois contradictoires.

Les juges d’instruction ont néanmoins considéré que les déclarations recueillies présentaient suffisamment de convergences pour justifier le renvoi avec cette circonstance aggravante.

Il appartiendra désormais à la juridiction chargée du procès d’examiner les éléments du dossier et de déterminer les responsabilités individuelles.

Pourquoi les onze hommes sont-ils poursuivis pour meurtre ?

Une autre question centrale concerne l’identification de l’auteur du coup mortel.

Thomas Perotto, âgé de 16 ans, avait été mortellement blessé à l’arme blanche à la fin du bal de l’hiver organisé à Crépol, dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023. Plusieurs autres personnes avaient également été blessées au cours des violences.

Malgré les investigations, les enquêteurs n’ont pas pu déterminer avec certitude lequel des accusés avait porté le coup fatal. Les juges d’instruction ont donc retenu la notion juridique de « scène unique ».

Selon leur raisonnement, les violences auraient constitué une même séquence, menée par un groupe de personnes agissant dans un même lieu et sur une période très courte. Les magistrats considèrent ainsi que les participants ayant pris une part active aux violences peuvent être renvoyés pour le crime, même si chacun n’a pas porté personnellement le coup mortel.

Les juges ont notamment souligné que l’enquête avait été compliquée par ce qu’ils décrivent comme une « loi du silence » parmi les personnes mises en examen.

La défense conteste une « imputation collective »

Cette décision est déjà contestée par certains avocats de la défense.

Me Seydi Ba et Me Diala Al-Shaman, qui défendent l’un des accusés, ont notamment dénoncé une logique d’« imputation collective ». Ils s’interrogent sur le fait que leur client puisse être renvoyé pour un meurtre aggravé par le racisme alors que, selon eux, aucun propos raciste ni le coup mortel ne lui sont personnellement attribués.

D’autres avocats devraient également utiliser les voies de recours prévues par la procédure pénale. La décision des juges d’instruction n’est donc pas encore le jugement sur la culpabilité des accusés.

Une affaire qui avait profondément marqué la France

La mort de Thomas Perotto avait provoqué une importante émotion dans le pays. Le jeune adolescent participait au bal de l’hiver de Crépol lorsqu’une violente rixe avait éclaté à proximité de la salle des fêtes.

Plusieurs personnes avaient été blessées. Thomas, touché à l’arme blanche, était décédé alors qu’il était transporté vers l’hôpital.

Depuis les faits, l’affaire a également suscité de nombreuses controverses politiques et médiatiques autour des thèmes de l’insécurité, des violences entre groupes de jeunes et du racisme anti-Blanc.

La décision rendue le 25 septembre 2026 replace désormais ces questions dans un cadre strictement judiciaire : les débats devront déterminer ce qui s’est précisément passé cette nuit-là, quelles ont été les responsabilités individuelles et si la circonstance aggravante de discrimination raciale peut être juridiquement retenue à l’encontre des accusés.

Une prochaine étape très attendue

Avec ce renvoi devant la cour d’assises, l’affaire Crépol entre dans une nouvelle phase. Mais avant même l’ouverture du procès, les débats sur les qualifications retenues pourraient se poursuivre devant les juridictions compétentes.

La justice devra notamment examiner les témoignages concernant les propos discriminatoires, la participation individuelle de chacun des accusés aux violences et le lien juridique entre la scène collective et la mort de Thomas Perotto.

À ce stade, les onze accusés restent présumés innocents jusqu’à leur éventuelle condamnation définitive.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *