Titre accrocheur : « 71 % des Français veulent l’interdire » : le mariage avec un étranger sans papiers au cœur d’un débat explosif à quelques jours du procès de Robert Ménard

Mariage avec un étranger en situation irrégulière : 71 % des Français favorables à une interdiction
Un sondage réalisé à quelques jours du procès de Robert Ménard révèle qu’une large majorité des Français interrogés se prononce en faveur de l’interdiction des mariages lorsqu’un des futurs époux est en situation irrégulière. Une question qui fait débat alors que le droit français ne permet actuellement pas de refuser un mariage sur ce seul motif.
La question du mariage entre une personne française et un étranger en situation irrégulière revient au cœur du débat public. Selon une enquête de l’Institut CSA réalisée pour CNews, Europe 1 et le JDD, 71 % des personnes interrogées souhaitent interdire ces mariages.
L’étude a été réalisée les 22 et 23 septembre 2026 auprès de 1 010 personnes âgées de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. Les 29 % restants se déclarent opposés à une telle interdiction.
Un soutien majoritaire, mais en léger recul
Le résultat confirme qu’une majorité des personnes interrogées se prononce en faveur d’une interdiction, mais le niveau mesuré est légèrement inférieur à celui des précédentes enquêtes réalisées sur la même question.
En février 2025, le taux atteignait 75 %. Il était encore de 73 % en mai 2026. Il s’établit désormais à 71 %.
Le sondage ne mesure toutefois pas une volonté de modifier immédiatement la loi : il renseigne sur les réponses données à une question précise par les personnes interrogées.
De fortes différences selon l’âge
L’étude fait apparaître des écarts importants entre les générations.
Les 18-24 ans sont la seule tranche d’âge dans laquelle l’interdiction ne recueille pas une majorité, avec 47 % de réponses favorables.
Chez les 25-34 ans, le taux atteint 69 %, puis 71 % chez les 35-49 ans. Il monte à 76 % chez les personnes âgées de 50 ans et plus.
Une différence existe également entre les hommes et les femmes : 74 % des hommes interrogés se déclarent favorables à l’interdiction, contre 68 % des femmes.

Un sujet très clivant politiquement
Les écarts sont encore plus importants selon la proximité politique déclarée.
D’après l’enquête CSA, 23 % des sympathisants de La France insoumise sont favorables à l’interdiction, contre 45 % chez les sympathisants du Parti socialiste et 54 % chez les Écologistes.
À droite, les proportions sont nettement plus élevées : 93 % chez les sympathisants des Républicains et 95 % chez ceux du Rassemblement national. Chez les sympathisants de Renaissance, le taux atteint 71 %.
Ces résultats montrent donc une opinion majoritairement favorable à l’échelle nationale, mais très contrastée selon les catégories de population et les sensibilités politiques.
Que dit actuellement la loi ?
Le résultat de ce sondage doit être replacé dans le contexte juridique français.
Aujourd’hui, la situation irrégulière d’un étranger ne suffit pas, à elle seule, à empêcher la célébration d’un mariage.
Le droit au mariage constitue une liberté protégée, et l’administration ne peut pas simplement s’opposer à une union parce que l’un des futurs époux ne dispose pas d’un titre de séjour valide.
En revanche, les autorités disposent déjà de moyens pour lutter contre les mariages frauduleux.
Lorsqu’il existe des indices sérieux permettant de suspecter une absence réelle d’intention matrimoniale, l’officier d’état civil peut saisir le procureur de la République. Celui-ci peut alors décider des suites à donner au dossier.

Le droit pénal sanctionne par ailleurs les mariages contractés dans le seul but d’obtenir ou de faire obtenir un titre de séjour ou la nationalité française. Les peines peuvent atteindre cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende dans les cas prévus par la loi.
Une proposition de loi déjà examinée
La question n’est donc pas uniquement théorique.
Une proposition de loi visant à interdire le mariage d’une personne étrangère en situation irrégulière a déjà été adoptée par le Sénat en février 2025. Le texte a ensuite été inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale en juin 2026, avec le soutien du gouvernement selon Le Monde.
Le texte prévoit notamment que le mariage ne pourrait pas être contracté par une personne séjournant irrégulièrement sur le territoire français.
Son éventuelle adoption modifierait donc sensiblement le cadre juridique actuel.
Le cas de Robert Ménard au centre de l’attention
Cette enquête intervient quelques jours avant le procès de Robert Ménard, le maire de Béziers.
En juillet 2023, l’élu avait refusé de célébrer le mariage d’une Française et d’un ressortissant algérien alors en situation irrégulière et faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF).
Robert Ménard doit comparaître le 30 septembre 2026 devant le tribunal correctionnel de Montpellier. Il encourt notamment jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende.

Son affaire est devenue l’un des exemples les plus médiatisés du débat sur les pouvoirs des maires face aux mariages impliquant des personnes en situation irrégulière.
Une question qui dépasse largement le cas de Béziers
Pour les défenseurs d’une modification de la loi, l’objectif est notamment de permettre aux maires de mieux lutter contre les unions qu’ils soupçonnent d’être frauduleuses.
À l’inverse, les associations qui défendent les couples franco-étrangers estiment que la situation administrative d’une personne ne devrait pas remettre en cause son droit au mariage. Elles soulignent également que les maires disposent déjà de procédures permettant de saisir le parquet en cas de suspicion de mariage de complaisance.

Le débat porte donc sur un équilibre entre deux principes : la lutte contre les mariages frauduleux et la protection de la liberté matrimoniale.
Un débat loin d’être tranché
Le sondage CSA montre qu’une majorité des personnes interrogées est favorable à une interdiction, mais il ne préjuge ni de l’évolution de la loi ni d’une éventuelle décision du Parlement.
À quelques jours du procès de Robert Ménard, cette question devrait en tout cas continuer à alimenter les discussions sur l’immigration, le droit au mariage et les pouvoirs des officiers d’état civil.
Pour l’heure, une chose demeure : les 71 % mesurés par le sondage reflètent l’opinion des personnes interrogées, tandis que le droit français continue de protéger le mariage d’une personne étrangère en situation irrégulière, sauf lorsqu’il existe d’autres motifs juridiques permettant de s’y opposer.


