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Carcassonne : le maire coupe 75.000 d’euros de subventions à la Ligue des droits de l’homme et aux médias du groupe Baylet

À Carcassonne, la nouvelle majorité municipale dirigée par le maire Rassemblement national Christophe Barthès a décidé de mettre fin aux subventions versées à la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et aux médias appartenant au groupe Baylet, au nom d’une conception revendiquée de l’indépendance de la presse et de la réorientation des fonds publics vers des acteurs locaux.

Carcassonne – Selon la municipalité, ces crédits – évalués à 75.000 euros par an – doivent désormais bénéficier en priorité à des associations carcassonnaises jugées plus proches du terrain, selon Actu Istres.

Cette décision, annoncée dans le cadre du réexamen des conventions de subvention et de mise à disposition de locaux municipaux, intervient alors que la LDH alerte, de son côté, sur une multiplication de ce qu’elle qualifie de « pressions » ou de « représailles » politiques à son encontre dans différentes villes.

Une rupture assumée avec la LDH
À Carcassonne, la section locale de la Ligue des droits de l’Homme bénéficiait jusqu’ici d’une subvention municipale et d’un local mis à disposition par la ville pour ses activités militantes et ses permanences. Le maire Christophe Barthès a annoncé la fin de ces soutiens, en expliquant vouloir « optimiser l’utilisation de l’argent public » et réorienter les crédits vers d’autres structures, notamment des associations de maraude et d’aide sociale, selon L’Indépendant. La LDH dénonce publiquement cette décision, qu’elle relie aux positions qu’elle a prises ces derniers mois sur la défense des libertés et la contestation de certaines politiques sécuritaires.

L’exécutif municipal, lui, récuse toute logique de sanction politique et insiste sur une démarche budgétaire présentée comme neutre, affirmant qu’il n’existe « aucune obligation à subventionner une association » et que le conseil municipal reste souverain dans l’allocation des fonds.

En 2023, la Première ministre Elisabeth Borne disait ne plus « comprendre » certaines positions de la LDH, lui reprochant des « ambiguïtés » face à « l’islamisme radical » et un recours de la LDH contre un arrêté à Sainte-Soline, tandis que le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin estimait que la subvention de l’État à l’association « mérite d’être regardée dans le cadre des actions qui ont pu être menées », selon Le Monde. Le Point parlait alors d’une longue dérive de l’association.

Dans l’entourage du maire, on met en avant la nécessité de privilégier des associations « de terrain » et de « recentrer l’action municipale sur les besoins concrets des Carcassonnais ».
La question de l’indépendance de la presse régionale
La décision de Christophe Barthès concerne également les subventions et soutiens municipaux accordés à des médias liés au groupe Baylet, propriétaire notamment de La Dépêche du Midi et d’autres quotidiens régionaux du Sud-Ouest. L’argument avancé par le maire est de considérer que « la presse doit être indépendante » et ne doit pas dépendre des deniers locaux, afin d’éviter toute suspicion de connivence entre élus et rédactions. Cette remise en cause des soutiens financiers municipaux s’inscrit dans un climat de défiance croissante d’une partie du RN envers la presse régionale, régulièrement accusée de parti pris.

Le groupe Baylet, acteur historique de la presse quotidienne régionale, s’est imposé ces dernières années comme un acteur dominant en Occitanie, après le rachat des Journaux du Midi (dont L’Indépendant, Midi Libre et Centre Presse), opération qui a renforcé sa position dans des départements comme l’Aude. L’Autorité de la concurrence soulignait déjà en 2015 que ce rapprochement plaçait La Dépêche « en situation de monopole sur les marchés de la presse quotidienne régionale » dans certains territoires, tout en obtenant l’engagement du groupe de maintenir des rédactions distinctes.

Pour la municipalité de Carcassonne, l’arrêt des subventions et de certains contrats avec ces médias s’inscrit dans cette réflexion sur le financement de la presse. Les défenseurs de l’aide publique aux journaux rappellent toutefois qu’à l’échelle nationale, ces dispositifs sont encadrés et considérés comme un outil de soutien au pluralisme, y compris par de nombreux gouvernements successifs.

Une redistribution vers les associations locales
Au plan budgétaire, la mairie met en avant une enveloppe globale d’environ 75.000 euros par an, jusqu’ici fléchée vers la LDH locale et les titres du groupe Baylet, qui serait redéployée vers des associations implantées dans les quartiers de Carcassonne. Sur les réseaux sociaux, des soutiens du maire évoquent déjà une hausse de certaines petites subventions, citant le passage de 300 à 500 euros pour des associations de maraudes, présentée comme un signe de « meilleure utilisation » de l’argent public.

Cette réorientation reste à préciser dans le détail des budgets, qui devront être votés en conseil municipal et traduits dans les conventions avec les structures bénéficiaires. Plusieurs élus d’opposition affirment suivre le dossier, en rappelant que l’enjeu ne porte pas seulement sur des montants, mais sur la nature des partenaires que la ville souhaite reconnaître et soutenir.

La Ligue des droits de l’Homme, de son côté, annonce son intention de maintenir ses actions à Carcassonne malgré la perte de son local municipal, en s’appuyant sur la solidarité de ses adhérents et sur d’éventuels soutiens associatifs ou citoyens.

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