Bordeaux : des forains excédés affrontent des casseurs cagoulés et ça tourne très mal (vidéo)

Les gaz lacrymogènes ont de nouveau été utilisés ce samedi soir à Bordeaux. Selon France 3, des tensions ont éclaté place de la Victoire en fin de journée entre des individus et les forces de l’ordre, alors que la manifestation contre la vie chère s’était jusque-là déroulée sans incident.
Le cortège autorisé était parti à 14 heures de la place de la Bourse pour rejoindre la place de la Victoire. Il a réuni entre 11 000 et 70 000 personnes selon les sources, d’après ICI, la préfecture retenant le chiffre de plus de 11 000. Un distributeur de tickets TBM a été incendié place de la Victoire, rapporte actu.fr.
La préfète de la Gironde avait pris de lourdes précautions, détaillées dans un communiqué de la préfecture : regroupements interdits dans une partie du centre-ville, couvre-feu pour les mineurs non accompagnés dès 20 heures, drones autorisés. En fin de journée, sept personnes avaient été placées en garde à vue.
Cette nouvelle journée ravive le souvenir du samedi 24 octobre. Ce jour-là, malgré l’interdiction de manifester dans l’hypercentre, environ 15 500 personnes s’étaient rassemblées place de la Bourse, selon la préfecture. Le cortège était passé par le cours Victor-Hugo, la place Gambetta et les Quinconces, avant que les tensions n’éclatent en fin de parcours.
Or c’est précisément sur la place des Quinconces que se tient la Foire aux plaisirs d’automne, du 9 octobre au 1er novembre 2026. Près de 200 manèges, attractions et stands de confiseries y sont installés, selon la mairie de Bordeaux. Pour les forains, ces installations sont leur outil de travail et leur gagne-pain.
Le 17 octobre, des vols et des dégradations avaient déjà touché le centre-ville. Et le 24 octobre, la préfecture a recensé 44 interpellations et huit commerces dégradés ou pillés. On peut donc comprendre que des forains aient voulu protéger leurs manèges ce soir-là, même si le contexte exact de la scène reste flou.
Voici la première vidéo, publiée sur X le lendemain par le compte Jean Bexon. Selon son auteur, la séquence montre un affrontement entre des forains et des « antifas émeutiers au visage dissimulé », à Bordeaux. L’identité réelle des protagonistes, d’un côté comme de l’autre, n’a pas été confirmée.
Une deuxième vidéo, diffusée par le compte AB7 Média, raconte tout autre chose. Selon ce compte, des hommes « armés de barres de fer, matraques, taser, pistolet à plomb » s’en sont pris à des manifestants, dont l’un aurait été frappé au sol. « Il s’agirait de forains de la fête foraine installée sur la place des Quinconces », écrit-il.
Deux séquences, deux récits opposés. D’un côté, des forains qui feraient face à des casseurs cagoulés. De l’autre, des hommes armés qui s’en prendraient à des manifestants. Le lieu exact, l’heure et l’ordre des événements n’ont pas été établis, et ces images ne disent pas qui a déclenché la bagarre.
Les témoignages recueillis depuis confirment la violence de la scène. « J’ai vraiment cru qu’ils voulaient me tuer », raconte une personne interrogée par France 3. Selon la chaîne, les protagonistes étaient armés de barres de fer et de battes de baseball. Le Bulletin Bordelais évoque de son côté deux personnes blessées.
L’identité des auteurs des coups fait débat. Des témoins cités par France 3 mettent en cause des forains, mais aussi des militants d’ultradroite, des accusations qui n’ont pas été établies. Interrogés par Sud Ouest, des forains affirment pour leur part avoir assuré la sécurité de la foire face à une intrusion, et contestent tout dérapage.
Selon France 3, aucune plainte n’avait été déposée à la date de son article. Tant que les faits n’auront pas été établis, impossible de dire qui a provoqué qui, ni ce que chacun faisait là. Une chose est sûre : ces images ont relancé un débat sensible, celui des groupes qui se font justice eux-mêmes.
Face à des dégradations, la tentation de se défendre soi-même est forte. Le Code pénal reconnaît la légitime défense, mais l’encadre strictement : elle doit répondre à une atteinte injustifiée, au moment même où elle se produit, et rester proportionnée. Pour protéger un bien, comme un manège, elle ne peut jamais aller jusqu’à l’homicide volontaire.
S’armer à l’avance pose en revanche problème. Participer à un groupement en vue de commettre des violences est puni d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende, tout comme le fait de dissimuler volontairement son visage dans une manifestation où des troubles sont commis. Ce samedi, la préfecture interdisait d’ailleurs le transport d’objets pouvant servir d’arme.
Pour les forains comme pour les commerçants, le bon réflexe reste d’alerter le 17, de se mettre à l’abri, puis de photographier les dégâts. Les dommages liés à des émeutes ne sont indemnisés que si l’assurance professionnelle le prévoit. Ce dimanche, la Foire aux plaisirs vit son dernier jour, en espérant qu’il se déroule dans le calme.


