Audiovisuel public : le rapport Alloncle propose un milliard d’euros d’économies et une refonte en profondeur
Le rapport de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, porté par le député Charles Alloncle, a été dévoilé ce matin à l’Assemblée nationale.
Rapport sur l’audiovisuel public – Présenté sous le mot d’ordre « Faire mieux avec moins », ce document publié par le député UDR Charles Alloncle propose une refonte radicale du modèle de l’audiovisuel public afin de dégager un milliard d’euros d’économies, alors que l’État a déjà engagé une trajectoire de réduction des dotations aux sociétés publiques de médias dans le cadre du projet de loi de finances pour 2026, selon LCP.

Ces propositions s’inscrivent dans un contexte de pression budgétaire accrue sur France Télévisions, Radio France et France Médias Monde, sommés de faire des économies supplémentaires après plusieurs années d’efforts sur les grilles, les effectifs et les coûts de fonctionnement.
La présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, qui a récemment alerté sur « une inadéquation croissante entre nos missions et nos moyens », voit dans ce texte un « rapport à charge » qui menace, selon elle, l’équilibre même du service public audiovisuel.

Une neutralité renforcée et un devoir de réserve élargi
Au cœur du rapport, un premier volet entend redéfinir strictement les obligations de neutralité des journalistes, animateurs et dirigeants de l’audiovisuel public. Le texte préconise une « neutralité durcie » assortie d’un devoir de réserve renforcé, qui s’étendrait aux prises de parole sur les réseaux sociaux, avec un encadrement détaillé des expressions publiques et un régime de sanctions graduées en cas de manquement.
Les éditorialistes internes seraient largement remplacés, dans les émissions d’analyse et de débat, par des voix extérieures issues de la presse d’opinion, afin de distinguer plus clairement information et commentaire. Cette orientation prolonge les débats sur la neutralité qui traversent déjà l’audiovisuel public, alors que Delphine Ernotte rappelait récemment, lors d’une audition parlementaire, que ce principe constituait une « exigence absolue » pour France Télévisions, selon Le Monde.
Pour les défenseurs du rapport, ce durcissement des règles vise à répondre aux critiques récurrentes formulées par une partie des forces politiques et de l’opinion, qui jugent le service public insuffisamment pluraliste. Les syndicats de journalistes, eux, redoutent qu’un tel dispositif ne pèse sur la liberté éditoriale et fassent planer un risque d’autocensure, même si ces réserves ne figurent pas dans le texte de la commission et devraient s’exprimer lors du débat parlementaire à venir.
Fermetures de chaînes et fusions : un paysage bouleversé
Le second axe du rapport porte sur une réorganisation d’ampleur du paysage des chaînes et des antennes. La fin de Slash, jugée trop militante, et la suppression de la radio Mouv’ sont explicitement proposées, tandis qu’une fusion de France 2 et France 5, ainsi que le regroupement de France Info et France 24, redessinerait profondément l’offre télévisuelle et d’information en continu, selon Le Figaro.
Parallèlement, les réseaux régionaux feraient l’objet d’une fusion et d’une mutualisation accrue, dans la continuité des réformes déjà engagées par les groupes publics pour rationaliser leur maillage territorial et leurs moyens techniques. Selon le rapport, ces restructurations permettraient des économies d’échelle importantes, en réduisant doublons de rédaction, coûts de diffusion et frais généraux.
Du côté des directions de l’audiovisuel public, la crainte est celle d’un affaiblissement de la capacité à assurer des missions de proximité, de culture et d’information internationale, alors même que l’État leur demande de « donner un nouvel élan » au service public tout en acceptant des baisses de crédits successives. Dans une lettre récente au gouvernement, Delphine Ernotte insistait sur le fait que France Télévisions « coûte aujourd’hui 600 millions d’euros de moins aux Français qu’il y a dix ans », en euros constants, tout en assumant un périmètre de missions stable ou élargi.
Jeux, sport, productions : une cure d’austérité inédite
Le rapport Alloncle détaille par ailleurs un plan de réduction massive des coûts de programmes. Les jeux et divertissements verraient leur budget amputé de 75%, les dépenses liées au sport diminueraient d’un tiers, et les programmes de flux seraient davantage mutualisés entre France Télévisions et Radio France, en cohérence avec les trajectoires d’économies déjà engagées par les deux groupes.
Une partie des économies proviendrait aussi de coupes dans les productions externes, avec l’objectif de privilégier davantage la production interne et indépendante française. Le rapport évoque la suppression d’un orchestre au sein de l’audiovisuel public, dans un contexte où Radio France, notamment, a déjà annoncé des efforts sur ses saisons musicales et la réduction de certains projets pour contenir son déficit et la baisse de sa dotation publique.
Les partisans de cette stratégie estiment qu’elle permettrait de concentrer les ressources sur l’information, la création et le numérique, en renonçant à certaines émissions de divertissement jugées coûteuses. Les critiques redoutent, à l’inverse, un affaiblissement de l’attractivité des antennes et de la diversité de l’offre, alors que l’audiovisuel public est soumis à la concurrence des plateformes privées.
Fin du modèle animateur-producteur et nouveaux garde-fous industriels
Dernier pilier de la refonte, le rapport propose un changement de modèle en profondeur avec la fin du statut d’animateur-producteur dans l’audiovisuel public. Les sociétés de production seraient soumises à un plafonnement de leur présence sur les antennes, des appels d’offres deviendraient obligatoires pour certains formats, et une priorité serait donnée à la production interne ou à des producteurs indépendants français, pour limiter les situations de dépendance et mieux encadrer l’usage de l’argent public.
Pour les rapporteurs, ces mesures doivent renforcer la transparence, éviter les rentes et garantir que chaque euro investi profite directement aux missions de service public. Elles s’inscrivent dans le prolongement des réflexions sur la réforme de la gouvernance et du périmètre de l’audiovisuel public déjà portées au Parlement, notamment au Sénat, où plusieurs textes ont insisté sur la nécessité de concilier souveraineté audiovisuelle et efficacité budgétaire.
Delphine Ernotte, pour sa part, avertit : pour elle, c’est un « rapport à charge » qui menace l’audiovisuel public. Elle met en avant les « efforts massifs » de gestion déjà réalisés depuis 2015 et affirme que de nouvelles coupes de cette ampleur risqueraient de fragiliser durablement la capacité du service public à toucher tous les publics et à remplir ses missions de cohésion culturelle et démocratique. Le débat parlementaire qui s’ouvre devra arbitrer entre ces visions, dans un équilibre délicat entre rigueur budgétaire, indépendance éditoriale et ambition pour l’audiovisuel public français.

