Corrida suspendue en Gironde : nouvelle victoire pour « l’Alliance anticorrida »

La justice administrative a suspendu la tenue d’une corrida prévue à La Brède (Gironde). Deux associations ont saisi le tribunal en référé à Bordeaux. Cette décision intervient après un cas similaire à Pérols (Hérault). Dans les deux situations, la question porte sur l’existence d’une tradition locale ininterrompue, condition nécessaire pour déroger au code pénal qui sanctionne les actes de cruauté envers les animaux.
Corrida suspendue – La décision est tombée à quelques semaines de l’événement. La corrida devait se tenir le 20 juin. Mais la magistrate a estimé que des doutes sérieux existaient quant à la légalité de son organisation.

Elle a donc suspendu la décision de la commune dans l’attente d’un jugement sur le fond. Cette suspension s’inscrit dans un contexte juridique précis, lié à la définition même des traditions taurines locales.
Une tradition locale contestée
Le code pénal, à travers l’article 521-1, punit de trois ans de prison et 45.000 euros d’amende les « sévices graves » ou « actes de cruauté » envers les animaux. Les spectacles taurins échappent à cette interdiction uniquement s’ils s’inscrivent dans « une tradition locale ininterrompue ».

À La Brède, la corrida existe depuis 25 ans. Toutefois, elle n’a pas eu lieu en 2020 et 2021 en raison de la crise sanitaire liée au Covid. L’événement a également été annulé en 2025, cette fois pour des « contraintes budgétaires et de fréquentation ».
Pour la municipalité, ces interruptions ne remettent pas en cause la continuité de la tradition. Le maire, Michel Dufranc, a défendu cette position lors de l’audience du 12 mai.
Il a déclaré : « Je n’ai jamais dit que La Brède renonçait à sa culture tauromachique ». Il a également affirmé que cette tradition n’était pas tombée « en désuétude ».

Une fréquentation jugée insuffisante
La juge des référés n’a pas retenu cet argument. Elle a mis en doute l’existence même d’une culture taurine dans la région bordelaise. Elle s’est notamment appuyée sur « la faible affluence du public ».
L’avocat de l’Alliance anticorrida, également à l’origine du recours avec l’association One Voice, a soutenu cette analyse. Il a décrit la situation en ces termes : « On est dans un lieu isolé (…) où la culture taurine est moribonde ».
Ces éléments ont conduit la magistrate à considérer que la condition de tradition locale ininterrompue n’était pas clairement établie. Cette incertitude juridique a justifié la suspension de la décision municipale.
Un contexte juridique marqué par un précédent
Cette affaire s’inscrit dans une continuité judiciaire. En octobre, la cour administrative d’appel de Toulouse avait confirmé l’interdiction faite à la commune de Pérols de relancer une corrida. La ville avait tenté d’en organiser une en 2023, après une interruption d’environ vingt ans.
À l’issue de cette décision, la présidente de l’Alliance anticorrida, Claire Starozinski, avait déclaré : « L’Alliance anticorrida veillera scrupuleusement au respect de l’arrêt de la cour (…) qui fera jurisprudence ».
Un lien relie les deux affaires. Dans le dossier de Pérols, la commune était représentée par un cabinet d’avocats fondé par Michel Dufranc, actuel maire de La Brède.
Ce contexte renforce l’attention portée à la notion de continuité des traditions taurines. Il montre aussi l’importance des décisions de justice dans l’encadrement de ces événements.


