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Après ses révélations sur Jordan Bardella, Mediapart dénonce la « violence sidérante » des réactions du RN

Au lendemain de la publication d’une enquête attribuant à Jordan Bardella des propos antisémites datant de ses débuts en politique, le président du Rassemblement national et Marine Le Pen ont vivement contesté les accusations. Face à cette riposte, Mediapart dénonce des propos qu’il juge menaçants et alerte sur les attaques visant la presse.

La polémique autour de Jordan Bardella prend une nouvelle dimension. Après la publication, lundi 28 septembre, d’une enquête de Mediapart consacrée à des conversations privées attribuées au président du Rassemblement national lorsqu’il était un jeune militant, les échanges de déclarations se sont multipliés entre le parti et le média d’investigation.

Mediapart affirme avoir retrouvé des messages datant notamment de 2013, dans lesquels Jordan Bardella aurait tenu des propos antisémites et développé des théories complotistes. Le responsable du RN conteste catégoriquement ces accusations et affirme que les éléments présentés sont des « faux grossiers ».

Jordan Bardella dénonce une « guerre totale »

Mardi 29 septembre, Jordan Bardella a durci le ton. Devant les parlementaires du RN et de ses alliés, il a évoqué « les prémices d’une guerre totale » contre son parti.

Le président du RN estime que l’enquête pourrait constituer une tentative de déstabilisation de sa campagne présidentielle. Il a également annoncé son intention d’engager des poursuites judiciaires contre Mediapart : une plainte en diffamation a été annoncée, ainsi que d’éventuelles plaintes pour faux et usage de faux si des éléments écrits venaient étayer cette démarche.

Jordan Bardella affirme par ailleurs que l’objectif de cette affaire serait de porter atteinte à sa carrière politique. De son côté, Mediapart maintient les éléments publiés dans son enquête.

Marine Le Pen apporte son soutien à Jordan Bardella

Marine Le Pen a rapidement affiché son soutien au président du RN. Elle a dénoncé ce qu’elle considère comme une « manipulation » et a assuré avoir une « confiance absolue » en Jordan Bardella.

Lors d’une réunion avec les parlementaires du mouvement, elle s’en est également prise directement à Mediapart. Elle a notamment déclaré que le média devrait « enfiler son costard en Kevlar », en ajoutant qu’il y aurait « évidemment une réponse » à la manière dont il avait travaillé.

Cette formule est devenue l’un des principaux points de tension de la journée.

Mediapart dénonce des propos « menaçants »

La réponse du média ne s’est pas fait attendre.

Lénaïg Bredoux, co-directrice éditoriale de Mediapart, a dénoncé ce qu’elle décrit comme une « violence sidérante » de la part du RN. Elle estime que les propos de Jordan Bardella et de Marine Le Pen, notamment les références à une « guerre totale » et au « costard en Kevlar », constituent des déclarations d’une particulière gravité.

La responsable éditoriale rappelle également que les journalistes de Mediapart font régulièrement l’objet de critiques et de procédures judiciaires et défend le droit de la presse à enquêter sur les responsables politiques.

Selon Mediapart, son enquête repose sur plusieurs dizaines de conversations écrites dont le média affirme avoir vérifié l’authenticité. Jordan Bardella, lui, rejette cette présentation et maintient que les documents utilisés contre lui sont falsifiés.

Reporters sans frontières réagit à son tour

La polémique a également suscité une réaction de Reporters sans frontières (RSF).

L’organisation de défense de la liberté de la presse a dénoncé les attaques verbales visant Mediapart ainsi que les propos de Marine Le Pen, qu’elle considère comme pouvant constituer des menaces physiques à l’encontre du média et de ses journalistes.

RSF rappelle parallèlement qu’un responsable politique dispose naturellement du droit de contester une information devant la justice, mais distingue cette démarche des attaques ou intimidations visant les journalistes.

Une députée écologiste, Léa Balage El Mariky, a également annoncé avoir saisi le procureur après les propos sur le « Kevlar », estimant qu’ils pouvaient s’apparenter à des menaces de mort.

Une enquête qui ravive le débat sur l’évolution du RN

Au-delà de la confrontation entre Jordan Bardella et Mediapart, cette affaire intervient dans un contexte politique particulièrement sensible pour le Rassemblement national.

Les propos attribués à Jordan Bardella remontent à ses premières années de militantisme, lorsqu’il était encore très jeune. Ils sont aujourd’hui examinés à la lumière de la transformation revendiquée par le RN au cours des dernières années et de sa volonté de prendre ses distances avec certaines positions historiques associées à l’ancien Front national.

Le RN affirme aujourd’hui avoir rompu avec les militants ou responsables ayant tenu des propos antisémites. Jean-Philippe Tanguy a ainsi renvoyé les accusations vers des personnes qui auraient, selon lui, été exclues du parti au cours des années 2010.

Des accusations qui restent contestées

À ce stade, il est essentiel de distinguer les accusations publiées par Mediapart des faits judiciairement établis.

Le média affirme que les conversations retrouvées sont authentiques et attribue à Jordan Bardella les messages incriminés. Le président du RN nie, lui, en être l’auteur et annonce des démarches judiciaires.

Une éventuelle procédure en diffamation pourrait donc conduire à un examen judiciaire des accusations et des éléments produits à leur soutien.

En attendant, la polémique s’installe au cœur de la rentrée politique française, quelques jours seulement après les élections sénatoriales qui ont permis au RN de franchir un nouveau cap institutionnel avec la constitution prochaine d’un groupe au Sénat.

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