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Vaucluse : la justice ordonne le retrait d’une croix au sommet du Luberon, invoquant le principe de laïcité

Au nom de la loi de 1905, le tribunal administratif de Nîmes a enjoint le maire de Robion (Vaucluse) de déplacer une croix située sur le domaine public. L’édile, qui défend un patrimoine mémoriel local, a annoncé son intention de faire appel de cette décision.

Le 6 février dernier, la justice a tranché un litige qui opposait la municipalité de Robion à la fédération départementale des libres penseurs du Vaucluse. Le tribunal administratif de Nîmes a ordonné au maire de la commune, Patrick Sintes, de faire retirer la « Croix de Corilou » en application du principe de laïcité, rapporte Ici Vaucluse. Cet emblème religieux, installé sur les hauteurs du village, devra rejoindre un emplacement privé dans un délai de deux mois.


« Elle sert de point de repère aux randonneurs »
L’origine de cette affaire remonte à 2022. À cette époque, La Libre Pensée avait sollicité la mairie pour obtenir l’enlèvement de cette croix en bois. Elle souhaitait ainsi « restaurer la neutralité de l’espace public ». Selon les requérants, l’objet contrevenait à l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905, qui interdit l’installation de signes religieux sur les emplacements publics.
La commune a soutenu que la croix existait antérieurement à la loi de 1905, mais n’a pu produire « aucun élément probant » ni « aucune pièce de nature à établir la date de cette édification ». À l’inverse, l’association a présenté des éléments suggérant une installation plus récente. Le tribunal en a conclu que la croix « ne peut qu’être regardée comme un signe ou un emblème religieux au sens de l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905 ».


Dans sa décision, la juridiction a souligné que, même si la croix « comporte une plaque indiquant ses coordonnées géographiques et qu’elle sert de point de repère aux randonneurs », cela ne remet pas en cause son caractère religieux.
« Cette croix fait partie de notre histoire locale »
De son côté, Patrick Sintes a fermement défendu le maintien de la croix. L’élu a rappelé qu’elle avait fait l’objet d’une restauration après le meurtre d’une jeune habitante en 2017, lui conférant une dimension mémorielle. Interrogé par Le Figaro, l’édile a précisé que cette croix « a toujours été là » et « fait partie de notre histoire locale ». « C’est une croix rupestre qui traîne dans le paysage et qui n’enlève rien à personne. C’est un signe religieux mais c’est aussi un signe pour accéder à une bergerie dont la commune est propriétaire. Chacun met ce qu’il veut derrière cette croix », a-t-il martelé.
Néanmoins, Jacques Fassié, secrétaire départemental de La Libre Pensée, a maintenu une position stricte auprès d’Ici Vaucluse : « Tout le monde n’est pas catholique et tout le monde n’a pas envie de voir la campagne parsemée de monuments religieux ou de croix. » Il a ajouté : « Et nous interviendrions de la même façon quelle que soit la religion qui se permettrait de vouloir parsemer le territoire d’une commune de monuments ou de stèles religieuses, parce que c’est interdit par la loi. »
Des habitants de la commune se sont indignés de cette décision. Le maire a décidé de porter l’affaire devant la cour administrative d’appel.

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