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Saint-Denis : le maire LFI Bally Bagayoko lance un « processus de désarmement » de la police municipale

Le nouveau maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a confirmé le 24 mars sur France 2 l’engagement de la municipalité dans un « processus de désarmement » de la police municipale, ouvrant un débat brûlant sur la sécurité dans l’une des plus grandes villes de la Seine-Saint-Denis.

Désarmement de la police à Saint-Denis – La décision, annoncée quelques jours après son élection, marque une rupture nette avec la ligne suivie par de nombreuses communes de la petite couronne, qui ont au contraire renforcé l’armement de leurs policiers municipaux depuis les attentats de 2015.

Lors de son intervention, Bally Bagayoko a précisé qu’il s’agissait d’un mouvement progressif, centré dans un premier temps sur certaines armes dites « intermédiaires », tout en maintenant les armes à feu dans un cadre qu’il présente comme plus strict et encadré. Cette orientation s’inscrit dans un discours de campagne axé sur la critique des violences policières et la volonté de réorienter les priorités municipales vers la prévention et le lien social.

Un processus annoncé comme « progressif »
Invité sur France 2, le maire a détaillé les contours de ce qu’il qualifie de « processus de désarmement ». « D’abord le LBD », a-t-il expliqué, confirmant sa volonté de retirer progressivement les lanceurs de balles de défense de l’équipement de la police municipale, jugés particulièrement controversés depuis plusieurs affaires très médiatisées. Selon lui, ces armes alimentent la défiance d’une partie des habitants envers les forces de l’ordre et contribuent à un climat de confrontation.

Bally Bagayoko affirme toutefois ne pas vouloir priver totalement les agents de moyens de protection. « Les armes à feu, nous les gardons avec un processus de désarmement », assure-t-il, évoquant un dispositif de réévaluation régulière de l’armement au regard de la situation locale. Le maire met en avant l’idée d’une police municipale recentrée sur la médiation, l’accompagnement des habitants et la coopération avec les services sociaux plutôt que sur une logique d’intervention armée.

Cette approche se veut en cohérence avec la ligne de La France insoumise sur les questions de sécurité, très critique à l’égard de la généralisation de l’armement des polices municipales. Elle n’en demeure pas moins atypique dans un contexte national marqué par la montée des préoccupations sécuritaires et des demandes de fermeté dans l’espace public.

Soutiens militants et inquiétudes d’habitants
Dans les quartiers populaires de Saint-Denis, la victoire de Bally Bagayoko avait déjà suscité l’espoir d’un infléchissement de la politique de sécurité en faveur d’un meilleur contrôle de l’action policière. Une partie des habitants, notamment parmi les électeurs mobilisés par les collectifs contre les violences policières, se félicite de voir la nouvelle municipalité mettre en œuvre des engagements de campagne. Pour eux, le désarmement progressif de la police municipale pourrait contribuer à apaiser les tensions dans l’espace public et à réduire les confrontations entre jeunes et forces de l’ordre.

D’autres voix, en revanche, expriment une vive inquiétude face à cette orientation. Des habitants dénoncent un signal jugé « irresponsable » dans une ville confrontée à une délinquance persistante. « La victoire de Bally Bagayoko à Saint-Denis m’inquiète : il veut désarmer la police, et je ne me sens plus en sécurité dans cette ville », témoigne une habitante sur CNews.

Ces critiques s’ajoutent à celles d’élus et de syndicalistes policiers, qui redoutent un effet d’appel pour les auteurs de violences et une fragilisation des agents sur le terrain. Plusieurs responsables de l’opposition locale appellent déjà l’État à clarifier le cadre national applicable à l’armement des polices municipales, estimant que la sécurité ne peut varier d’une commune à l’autre au gré des alternances politiques.

Un débat national sur l’armement des polices municipales
Au-delà du cas de Saint-Denis, la position de Bally Bagayoko vient alimenter un débat sur le rôle et l’armement des polices municipales en France. Depuis une dizaine d’années, de nombreuses grandes villes ont opté pour l’armement de leurs policiers municipaux, souvent justifié par la menace terroriste et la volonté d’assurer une présence armée accrue dans l’espace public. Cette évolution s’est toutefois heurtée à des critiques d’associations de défense des libertés publiques, qui pointent le risque de dérives et le manque de formation spécifique.

Les premiers arbitrages de la nouvelle équipe municipale de Saint-Denis seront scrutés de près par d’autres collectivités dirigées par la gauche radicale ou écologiste, qui s’interrogent sur des modèles alternatifs de sécurité locale. Des expériences reposant davantage sur la prévention, la présence éducative et la participation citoyenne sont régulièrement mises en avant par ces élus, sans pour autant faire consensus au sein de la population. Le ministère de l’Intérieur pourrait être amené à préciser sa doctrine dans les prochains mois si d’autres municipalités suivaient la voie esquissée par Bally Bagayoko.

Dans l’immédiat, la mairie de Saint-Denis annonce l’ouverture d’une concertation avec les syndicats de la police municipale, les associations locales et les conseils de quartiers afin de définir un calendrier et des modalités concrètes de ce « processus de désarmement ». Le maire assure vouloir associer largement les Dionysiens à ce chantier sensible, dans une ville où la question de la sécurité reste l’un des sujets les plus clivants de la vie publique.

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