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LFI, « parti factieux » et « secte politique dangereuse pour la République » : le président du Crif appelle la gauche à « se démélenchoniser »

« LFI est une secte politique, dangereuse pour la République », accuse Yonathan Arfi, président du Crif, qui voit dans le mouvement de Jean-Luc Mélenchon un « danger existentiel » pour les Français juifs. Il appelle la gauche à rompre avec La France insoumise et réclame un durcissement législatif face à l’antisémitisme.

Lors du 40ᵉ dîner du Crif, organisé au Carrousel du Louvre devant plus d’un millier d’invités, Yonathan Arfi a pris pour cible LFI dans un discours offensif. Il a mêlé attaque politique et travail de mémoire. Face au Premier ministre Sébastien Lecornu, aux présidents des deux assemblées et à plusieurs ministres, il a décrit un antisémitisme qui, selon lui, a changé « d’échelle, de nature et d’expression » en France, rapporte i24News. Il s’est présenté comme issu de « la génération Ilan Halimi », rappelant que le meurtre du jeune homme en 2006 avait marqué une rupture, et estimant que le 7 octobre a servi de catalyseur à une haine déjà installée.

« Une secte politique dangereuse pour la République »
« LFI représente un danger existentiel pour les Français juifs. LFI est un parti factieux, une secte politique, dangereuse pour la République », a lancé Yonathan Arfi devant les invités du dîner annuel, selon BFMTV. Il a dénoncé « l’angélisme face à la violence de LFI » et jugé que « la mort de Quentin doit servir d’alerte », en référence à Quentin Deranque, tué à Lyon, qu’il cite comme un électrochoc nécessaire. Selon lui, certains élus, « jusqu’aux bancs de l’Assemblée nationale », légitiment et cautionnent l’antisémitisme.

Le président du Crif a mis directement en cause plusieurs figures de La France insoumise et de la gauche radicale, relate Sud Ouest. « Rima Hassan, Aymeric Caron, David Guiraud, Thomas Portes, tôt ou tard, vous serez rattrapés par la justice », a-t-il averti, en liant ces responsables politiques à la diffusion de discours qu’il juge hostiles aux Juifs. Il accuse LFI de banaliser et de légitimer ces prises de parole et voit dans ce parti une formation qui met la République en danger.

Un appel à « se démélenchoniser »
Au cœur de son intervention, Yonathan Arfi a lancé un appel aux forces de gauche. La gauche doit « se démélenchoniser », a-t-il affirmé, exhortant le Parti socialiste et « tous les acteurs de la gauche responsable » à « rompre clairement et définitivement avec LFI » et à renoncer à toute alliance avec ce parti. Il présente cette exigence comme un impératif moral, comparable à celui qu’il demande à la droite vis-à-vis du Rassemblement national. À quelques semaines des élections municipales, il estime que la gauche ne peut plus rester liée à un mouvement qu’il décrit comme une secte politique dangereuse pour la République.

Cette ligne s’inscrit dans une réflexion plus large sur la place de LFI dans le paysage politique. Pour le président du Crif, la formation mélenchoniste incarne une forme de radicalité qui alimente un climat de tension et de suspicion envers les Français juifs. Il situe son avertissement dans un contexte qu’il décrit comme un « antisémitisme d’atmosphère », où 1320 actes antisémites ont été recensés en 2025 et où certains Juifs en viennent à douter de leur avenir en France.

Antisémitisme « d’atmosphère » et conflit au Proche-Orient
Yonathan Arfi a développé une analyse de ce qu’il appelle l’« essentialisation » des Juifs en France, souligne i24News. Il dénonce une assignation permanente des Français juifs au conflit israélo-palestinien, où ils seraient sommés de condamner Israël et réduits à ce seul prisme. Il défend le sionisme comme une expression du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et dénonce une « falsification historique » qui ferait de la défense de ce projet un crime moral.

Il s’inquiète également des conséquences de la reconnaissance de l’État palestinien par la France. « Qu’est-ce que la France a gagné avec cette reconnaissance prématurée ? », interroge-t-il, estimant que cette décision nourrit une « assignation permanente à la guerre à Gaza ». Il critique par ailleurs l’inaction européenne face aux accusations de « génocide » visant Israël, qu’il considère comme une « inversion morale » dangereuse.

Durcissement législatif et inéligibilité des élus condamnés
Sur le terrain juridique, le président du Crif appelle à « aller plus loin sur le plan législatif » pour lutter contre l’antisémitisme. « La France a besoin que la justice mette plus souvent des mots sur la haine, même quand elle se propage en silence », déclare-t-il, en plaidant pour un renforcement du cadre pénal, d’après Sud Ouest. Il soutient la proposition de loi portée par la députée Caroline Yadan, qui élargit le délit d’apologie du terrorisme et crée un délit de négation d’un État, une mesure qu’il juge compatible avec la liberté d’expression malgré les critiques de ceux qui y voient une manière de brider la contestation de la politique de Benjamin Netanyahou.

Il appuie aussi une initiative d’Emmanuel Macron visant à instituer « une peine d’inéligibilité obligatoire » pour les élus condamnés pour des « actes et propos antisémites, racistes et discriminatoires ». Selon lui, cette proposition répond à la responsabilité particulière des responsables politiques en matière de discours publics. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a, de son côté, annoncé l’examen, dès avril, d’une loi de lutte contre l’antisémitisme et l’inscription à l’ordre du jour de la proposition Caroline Yadan.

Critiques contre la CGT
Le président du Crif ne limite pas ses critiques à LFI. Il s’en prend aussi à la CGT, à qui il reproche son opposition à la tenue d’un concert de l’Orchestre philharmonique d’Israël à Paris, relève Sud Ouest. « À la CGT on ne fait jamais la grève de la haine d’Israël », affirme-t-il, accusant le syndicat de participer à un climat hostile envers l’État hébreu. Il salue en parallèle « l’engagement sincère du gouvernement contre l’antisémitisme », tout en appelant à approfondir encore les réponses institutionnelles.

En conclusion de son discours, Yonathan Arfi invoque, selon i24 News, des figures comme Simone Veil, Marc Bloch et Émile Zola pour rappeler que « la condition des Juifs sera toujours liée à celle de l’esprit critique et de la laïcité ». Il présente ainsi son avertissement contre LFI comme un avertissement adressé à la République elle-même, sommée de se confronter à ses propres fractures et à la montée d’une haine qu’il juge désormais structurelle.

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