Le gouvernement va s’attaquer aux arrêts maladie « courts et répétitifs » de 2 à 3 jours d’ici la mi-avril
Le gouvernement prépare un nouveau tour de vis sur les arrêts maladie de courte durée, dans le prolongement des réformes déjà engagées sur l’indemnisation et la durée des arrêts de travail depuis le budget de la Sécurité sociale pour 2026.
Arrêts maladie – Dans le viseur de l’exécutif : les arrêts « courts et répétitifs », de « 2 à 3 jours », jugés trop nombreux et trop coûteux pour l’Assurance-maladie.

Selon la ministre de la Santé Stéphanie Rist, des mesures ciblant ces arrêts de quelques jours doivent être présentées « à la mi-avril » selon Le Parisien, alors que les dépenses d’indemnités journalières ont atteint près de 18 milliards d’euros en 2025, quasiment le double d’il y a six ans. , soit « un milliard de plus tous les ans ».
L’enjeu est autant budgétaire que politique : l’exécutif veut montrer sa capacité à « réguler » les arrêts courts, sans assumer frontalement une nouvelle réforme des droits sociaux.
Des arrêts courts dans le collimateur
Dans une séquence marquée par la recherche d’économies sur la dépense publique, les arrêts de travail de quelques jours sont désormais considérés comme un levier prioritaire par le gouvernement. Le ministère de la Santé évoque des arrêts « de 2 à 3 jours », souvent répétés, qui pèsent sur les comptes sociaux et perturbent l’organisation des entreprises.

D’après les données de l’Assurance-maladie et les travaux préparatoires au budget 2026, la fréquence de ces arrêts de courte durée a fortement progressé, portée notamment par la hausse des troubles psychiques et des affections musculo-squelettiques. « Les durées de prescriptions sont parfois inadaptées à un suivi médical régulier des assurés en arrêt maladie », faisait déjà valoir l’exécutif lors de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale.
Cette stratégie s’inscrit dans un cadre déjà resserré : les députés ont validé fin 2025 la possibilité pour le gouvernement de plafonner par décret la durée des premiers arrêts maladie, dans l’objectif affiché d’enrayer « la très forte progression des dépenses liées aux arrêts de travail ».
Vers un ciblage plus strict des prescriptions
Les pistes sur la table, en amont des annonces prévues à la « mi-avril », portent à la fois sur la durée maximale de ces arrêts courts et sur le contrôle de leurs motifs. Dans le sillage des débats parlementaires de l’automne, l’exécutif a déjà obtenu la faculté de limiter la primo‑prescription et de mieux tracer les arrêts, via la mention obligatoire des motifs sur l’avis d’arrêt de travail.
Certaines de ces orientations ont commencé à se traduire dans les textes : le budget 2026 a entériné le plafonnement à 30 jours pour un premier arrêt, avec des conditions resserrées de renouvellement, et le gouvernement prévoit de renforcer les mécanismes de régulation à compter du 1er septembre 2026. Les services de l’Assurance-maladie ont, de leur côté, reçu pour consigne d’intensifier les contrôles sur les prescriptions jugées atypiques ou répétitives.
Les nouvelles mesures annoncées par la ministre de la Santé devraient donc compléter ce dispositif, en ciblant plus précisément les arrêts de quelques jours qui se succèdent dans l’année pour un même salarié, avec à la clé un possible durcissement des règles de renouvellement ou de prise en charge.
Inquiétudes des syndicats et des soignants
Ce resserrement continu suscite de vives réserves du côté des organisations syndicales et des professionnels de santé. Plusieurs syndicats dénoncent une logique de suspicion à l’égard des salariés malades comme des médecins prescripteurs.
Des organisations comme l’Unsa y voient une mesure qui « lèse les droits des travailleurs dont l’état de santé ne serait pas consolidé ». Les syndicats redoutent que la pression mise sur les arrêts courts ne conduise à des reprises prématurées, au risque d’aggraver certaines pathologies et de fragiliser les salariés les plus exposés.
Les médecins, eux, alertent sur la complexité croissante du cadre réglementaire et sur une possible dégradation de la relation de confiance avec leurs patients. Ils demandent que d’éventuelles restrictions supplémentaires soient accompagnées de moyens pour la prévention et le suivi au long cours, plutôt que d’une seule logique de contrôle et de réduction de la dépense.

