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Insalubrité, manque de moyens et d’effectifs : les policiers appellent à manifester samedi partout en France

Dénonçant la vétusté des commissariats, le manque d’effectifs et une crise profonde de l’investigation, les syndicats de police appellent à des marches citoyennes ce samedi 31 janvier. À Paris comme en province, le ras-le-bol des forces de l’ordre atteint un point de rupture historique.

La colère gronde dans les rangs de la police nationale. Ce samedi 31 janvier, le syndicat majoritaire Alliance, soutenu par d’autres organisations comme Synergie-Officiers, organise une mobilisation des policiers d’ampleur nationale. Pour la première fois, les agents invitent les citoyens, élus et associations de victimes à défiler à leurs côtés dans 23 villes de France. À Paris, le cortège s’élancera à 11 heures de la place de la Bastille. Les manifestants souhaitent dire « stop aux promesses sans actes, stop à l’effondrement de l’autorité, stop à l’insécurité, stop à l’impunité », relate Le Figaro.
Un « manque de considération »
Sur le terrain, la dégradation des locaux cristallise les tensions. Les policiers diffusent des clichés accablants sur les réseaux sociaux, via le hashtag #balancetonciat signifiant « dénonce ton commissariat ». On y découvre des fils électriques dénudés, des infiltrations d’eau ou la présence de nuisibles. Yannick, secrétaire zonal du syndicat Alliance, témoigne de cette réalité quotidienne. Montrant plusieurs photos, dont l’une révélant des toilettes avec un rat à l’intérieur, il souligne auprès de BFMTV : « Vous avez au niveau du douzième arrondissement le sol qui est complètement délabré. »

Toutefois, Mathieu Zagrodzki, chercheur associé au CESDIP, met quant à lui en avant les efforts budgétaires réalisés au cours des dernières années. Il estime néanmoins que ceux-ci « n’ont pas permis de résoudre l’intégralité du problème ». En effet, selon lui le point de départ était trop critique.
Les agents dénoncent de surcroît une baisse des effectifs depuis l’été 2024, notamment dans les services dédiés à l’ordre public à Paris. « Il y a eu 200 policiers en moins depuis les Jeux olympiques dans les équipes dédiées à l’ordre public et la circulation », indiquent-ils dans les colonnes du Parisien.

Une filière investigation à l’agonie
Outre la vétusté des bâtiments et le manque d’effectifs, les enquêteurs se disent étouffés par la bureaucratie. Les logiciels de procédure, jugés obsolètes, freinent considérablement le travail judiciaire. Le projet numérique « Scribe », censé moderniser l’institution, s’est soldé par un échec coûteux de plus de 257 millions d’euros. Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d’Alliance, s’en agace auprès du Figaro : « Quand on voit que certains de nos voisins européens ont déjà intégré l’IA, comment voulez-vous que les collègues puissent être efficaces avec un logiciel qui plante une fois sur deux ? »

Pour les policiers, le constat le plus amer concerne « l’abandon des investigations », relate encore Le Parisien. Actuellement, près de deux millions de procédures dorment dans les tiroirs. À cela s’ajoute une charge annuelle colossale de 3,4 millions de nouveaux dossiers à traiter.
« Nos problèmes sont vos problèmes »
Les policiers réclament, entre autres, une revalorisation de la prime d’officier de police judiciaire (OPJ). Face à cette crise globale, les syndicats interpellent désormais le pouvoir politique. Fabien Bogais, responsable syndical, souligne auprès du quotidien francilien l’urgence de la situation : « Entre un viol et une femme qui a un problème et risque de mourir, on ne peut abandonner personne. »
Depuis une semaine, les policiers parisiens distribuent des tracts dans les quartiers. Ils interpellent les passants : « Nos problèmes sont vos problèmes. » Les forces de l’ordre espèrent ainsi un élan populaire pour briser ce qu’elles considèrent comme un délaissement de l’État.

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