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Hervé Vilard : Les Secrets Tragiques d’une Icône entre Gloire Étincelante et Solitude Brise-Cœur

Le nom d’Hervé Vilard résonne comme un écho éternel de l’âge d’or de la pop française. Pour des générations entières, il est l’homme d’un tube planétaire, « Capri c’est fini », une mélodie qui évoque les vacances, l’amour et une certaine insouciance méditerranéenne. Pourtant, derrière le sourire du crooner et le costume impeccable des scènes de l’Olympia, se cache une existence qui ressemble davantage à un drame antique qu’à un conte de fées musical. Aujourd’hui âgé de plus de 80 ans, l’artiste jette un regard lucide, parfois teinté d’une tristesse infinie, sur un parcours jalonné de succès vertigineux et de tragédies personnelles dévastatrices.

Une enfance née sous le signe de l’abandon

Tout commence dans le fracas d’un taxi parisien, le 24 juillet 1946. René Villard — son nom de naissance — voit le jour sur le chemin de l’hôpital Saint-Antoine. Ce départ précipité dans la vie semble présager une existence d’errance. Privé d’un père corse qu’il ne connaîtra jamais et d’une mère vendeuse de violettes rapidement déchue de ses droits pour alcoolisme, le petit René est jeté dans la gueule du loup à seulement six ans.

Placé à l’orphelinat Saint-Vincent de Paul, il y découvre non pas la protection, mais l’horreur. Les souvenirs qu’il garde de cette période sont ceux de la cruauté : abus sexuels répétés, coups de martinet et un sentiment d’étouffement permanent. Cette enfance volée fera de lui un rebelle, un enfant qui tente de s’enfuir à maintes reprises pour échapper au sadisme de ses gardiens. C’est finalement dans le Berry, au sein d’une famille de fermiers pauvres mais aimants, qu’il trouvera son premier havre de paix. C’est là aussi qu’il rencontrera l’abbé Angran, une figure paternelle de substitution qui lui ouvrira les portes de la littérature et de la musique.

La conquête de Paris et le miracle de « Capri »

Après avoir été envoyé de force apprendre le métier de maçon, René s’enfuit à nouveau. À 16 ans, il débarque à Paris, une ville qui sera son salut autant que son tourment. Il fréquente le milieu interlope de Pigalle, survit grâce à de petits larcins et finit en maison de redressement. Mais le destin finit par frapper à sa porte sous les traits de Daniel Cordier, célèbre résistant et marchand d’art, qui devient son tuteur légal. Cordier lui offre une éducation, l’introduit auprès de l’élite intellectuelle (Malraux, Bacon) et lui permet de se lancer dans la musique.

En 1965, alors qu’il travaille chez un disquaire, Hervé écrit une chanson inspirée d’une simple affiche dans le métro. « Capri c’est fini » devient instantanément un phénomène. Avec plus de 400 000 exemplaires vendus en France et des sommets atteints en Espagne, au Brésil et en Turquie, le jeune orphelin devient une star internationale. Il partage la scène avec Dalida, sa mentor, et parcourt le monde.

Le courage de la vérité : Un coming-out historique

Au-delà de ses succès, Hervé Vilard restera dans l’histoire comme l’un des pionniers de la liberté individuelle. En 1967, lors d’une interview avec Jacques Chancell, il commet un acte d’un courage inouï pour l’époque : il révèle sa bisexualité. À une période où l’homosexualité est encore un tabou absolu, souvent traitée comme une maladie par les médias, sa réponse à Chancell est restée célèbre : « Ma copine s’appelle Robert ».

Ce geste de franchise lui coûte cher. L’industrie musicale, qu’il qualifie lui-même d’homophobe à l’époque, se distancie de lui. Des magazines comme « Salut les copains » refusent d’évoquer le sujet. Mais Vilard ne regrette rien. Il revendique son identité, citant les grands crooners qui l’ont précédé et qui vivaient dans l’ombre. Pour lui, la vérité valait tous les sacrifices professionnels.

Le drame des amours perdues et le rêve brisé de paternité

Si sa carrière est une suite de renaissances — notamment dans les années 70 avec le tube « Nous » — sa vie sentimentale est une succession de deuils déchirants. Hervé Vilard a toujours nourri un désir viscéral de devenir père, une manière de réparer sa propre enfance brisée. Mais le destin s’est acharné.

Sa rencontre avec Kim Harlow, une danseuse du Lido, fut un coup de foudre absolu. Ils vécurent une passion intense et projetèrent de fonder une famille. Tragiquement, Kim décède brusquement d’une méningite virale en 1992 alors qu’elle était enceinte de leur enfant. Ce n’était pas la première fois que la mort lui volait ses rêves : des années plus tôt, au Mexique, sa compagne Consuella avait péri dans un accident de voiture, emportant elle aussi l’enfant qu’elle portait. « Mon enfant est mort avant de naître, emportant avec lui mon rêve de devenir père », confiera-t-il plus tard avec une émotion palpable.

La retraite dans le Berry : Reconstruire son passé

Cherchant un sens à sa vie en dehors des applaudissements, Hervé Vilard a racheté le presbytère de la Celette, l’endroit même où l’abbé Angran l’avait recueilli enfant. Il a passé sept ans à restaurer cette bâtisse en ruine, brique par brique, comme pour reconstruire sa propre enfance. Ce sanctuaire, entouré de jardins et de souvenirs, fut son havre de paix pendant près de trente ans avant qu’il ne décide de retourner à Paris en 2016.

Aujourd’hui, Hervé Vilard est un homme qui a tout vécu. La misère noire, la gloire absolue, l’opprobre social et la perte des êtres les plus chers. S’il reste une icône de la chanson, il est avant tout un symbole de résilience. Sa vie nous rappelle que derrière chaque mélodie populaire se cache parfois un homme qui a dû se battre contre les vents et marées pour simplement avoir le droit d’être lui-même. Une vie à la fois célébrée et tragique, mais vécue avec une authenticité qui force le respect.

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