En France, « on peut tuer sans rien avoir » : la mère de Théo dénonce l’impunité du meurtrier de son fils, mort pour une facture Bouygues de 93 euros

La justice a déclaré Ousmane Diallo pénalement irresponsable du meurtre de Théo, survenu en 2021 dans une boutique Bouygues Telecom à Claye-Souilly (Seine-et-Marne). Ce verdict, qui écarte toute sanction carcérale au profit d’une hospitalisation psychiatrique, a provoqué l’incompréhension de la famille de la victime. La mère de l’adolescent dénonce une décision qu’elle juge inacceptable au regard de la détermination affichée par le meurtrier.

La cour d’assises de Seine-et-Marne a rendu son délibéré vendredi après-midi, concluant à l’abolition du discernement de l’accusé. Le 10 juillet 2021, Ousmane Diallo, aujourd’hui âgé de 67 ans, avait mortellement poignardé Théo Muxagata, 18 ans, vendeur dans une boutique Bouygues Telecom. La raison : un litige portant sur une facture de 93,62 euros. Malgré la reconnaissance des faits d’assassinat et de tentatives d’assassinat, l’homme ne sera pas emprisonné. Cette issue judiciaire a provoqué un immense choc chez Sandrine C., la mère de la victime, qui s’est confiée dans les colonnes du Figaro.
« Ce verdict nous a dévastés »
Tout au long de l’entretien, la mère de famille a exprimé sa profonde détresse face à une conclusion qu’elle refuse de valider : « Nous avons attendu quatre ans et demi pour nous entendre dire que monsieur Diallo est coupable mais pas responsable. C’est difficile à entendre et impossible à accepter. C’est de la faute à qui alors ? Ce verdict nous a dévastés. »

Pour elle, cette décision s’apparente à un déni de justice. Elle a d’ailleurs ajouté avec amertume : « On peut tuer en France sans rien avoir. Il avait par ailleurs déjà commis des faits de violence en 2003, pourquoi son titre de séjour a-t-il été renouvelé ? » La mère de Théo a également manifesté son inquiétude concernant l’avenir, craignant qu’une éventuelle sortie de l’hôpital ne soit décidée par les médecins sans que les victimes ne soient informées.
« Nous, victimes, ne sommes rien »
Au-delà de la perte de son fils, Sandrine C. a fustigé l’attitude de l’institution judiciaire durant ces années de procédure. Elle a dénoncé le manque d’empathie et d’humanisme de certains, regrettant aussi l’insuffisance de considération manifestée par l’avocate générale. « Cette justice nous a fait comprendre que nous, victimes, ne sommes rien », a-t-elle déploré.
Le Parisien rappelle que le jeune homme venait d’obtenir son bac pro avec mention au moment du drame. « Théo, c’est 18 ans, deux mois et deux jours de souvenirs. Il n’était pas qu’un dossier », a souligné avec émotion sa maman.
« Il avait l’intention de tuer » et n’était pas dans un « délire »
L’enquête a révélé une certaine lucidité du meurtrier avant son passage à l’acte. Selon les premiers rapports d’expertise et les témoignages des policiers, Ousmane Diallo a agi avec une réelle détermination. Le jour du crime, il a notamment consulté son compte bancaire pour vérifier s’il avait été remboursé par Bouygues. Il s’est également présenté au commissariat afin d’examiner les recours possibles contre l’opérateur. Avant de pénétrer dans la boutique, il avait pris soin de dissimuler un couteau dans sa poche. Sur place, il a même discuté durant cinq minutes avec un collègue de Théo avant de frapper.
Pour la famille, cette préméditation minutieuse prouve que l’accusé comprenait parfaitement la portée de ses gestes. « Il avait l’intention de tuer », a affirmé la mère de Théo auprès du Figaro, ajoutant : « Il avait l’air de très bien comprendre tout ce qu’il faisait. Pour moi, quand on est dans un ‘délire’, on est dans son monde et on ne pense pas à prévoir ce dont on a besoin. Le délire, ce n’est pas 24 heures sur 24… Pour moi il est responsable. »
« Nous allons faire parler de cette histoire afin de nous faire entendre »
Pourtant, cet homme, de nationalité sénégalaise, a été évalué par trois expertises psychiatriques. Deux ont conclu à l’abolition de son discernement en raison d’une psychose délirante paranoïaque, tandis qu’une troisième a retenu une altération, considérant un trouble de la personnalité paranoïaque sans maladie mentale. Vendredi, la cour d’assises l’a déclaré pénalement irresponsable. Les magistrats ont donc ordonné son placement en unité pour malades difficiles (UMD).
Face à l’absence de peine ferme, la mère de Théo redoute l’incertitude d’un internement sans durée définie et la possibilité d’une future récidive. Malgré tout, elle compte bien se battre pour se relever, même si elle sait d’avance que cela « prendra beaucoup de temps ». Et de conclure : « Nous continuerons à vivre pour Théo. Nous allons faire parler de cette histoire afin de nous faire entendre. »


