Belgique-Algérie : un accord « historique » pour accélérer l’expulsion des Algériens en situation irrégulière

La Belgique et l’Algérie ont scellé, ce mardi 31 mars 2026, un accord bilatéral majeur destiné à fluidifier le renvoi des ressortissants algériens clandestins. Ce texte, qualifié d’historique par Bruxelles, marque une rupture nette avec la gestion française du dossier migratoire algérien, marquée par des tensions diplomatiques persistantes et des procédures informelles.

Le gouvernement belge passe à l’offensive. En recevant le chef de la diplomatie algérienne Ahmed Attaf à Bruxelles, les ministres belges Maxime Prévot et Anneleen Van Bossuyt ont concrétisé un rapprochement amorcé en juillet 2025 à Alger, rapporte le média belge RTL. Cette signature officialise une coopération technique inédite sur le sujet sensible des réadmissions, alors que Paris peine encore à sortir d’une crise profonde avec son ancienne colonie.

Un cadre technique strict pour les renvois
L’accord de réadmission prévoit des engagements concrets pour pallier les lenteurs administratives. « L’identification des personnes concernées devra désormais se faire sous quinze jours », précise le cabinet de la ministre belge de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt. En complément, la validité des laissez-passer consulaires sera portée à trente jours.
Pour maximiser l’efficacité des départs, Bruxelles a obtenu des concessions logistiques significatives. « Nous aurons la possibilité de transférer plusieurs personnes par vol et de recourir à des vols directs ou indirects », annonce Anneleen Van Bossuyt. Le texte autorise également l’intervention d’escorteurs algériens lors des procédures de retours forcés. « Ce sont des étapes concrètes », se réjouit la ministre issue du parti politique de droite nationaliste flamand N-VA, qui fait de la hausse des retours effectifs la priorité de son mandat.
Un donnant-donnant diplomatique
Cette accélération des expulsions ne va pas sans contrepartie. En miroir de l’accord de réadmission, un second texte prévoit une exemption de visa pour les détenteurs algériens de passeports diplomatiques et de service. Les deux pays s’engagent réciproquement, et les deux accords vont de pair, souligne la ministre belge.
L’urgence est chiffrée. L’an dernier, sur 2251 personnes s’étant déclarées algériennes et ayant reçu un ordre de quitter le territoire belge, seules 85 ont effectivement quitté le pays. La situation carcérale pèse aussi dans la balance : « 780 personnes se déclarant algériennes sont actuellement incarcérées dans nos prisons, dont 700 sans titre de séjour légal », indique RTL.
Le contraste avec l’incertitude française
Pendant que la Belgique institutionnalise ses relations migratoires, la France navigue à vue. À Paris, aucune signature officielle ne vient couronner les relations avec Alger, qui restent hantées par la question du Sahara occidental. Les réadmissions d’Algériens sous OQTF n’ont repris que très récemment, après une année de paralysie totale liée à la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur ce territoire en 2024.
« Deux Algériens, retenus dans le centre de rétention de Rennes, ont été expulsés mercredi 25 mars », a assuré à l’AFP l’association la Cimade. L’une de ces personnes vivait en France depuis quarante ans et était père de trois enfants majeurs. Par ailleurs, un laisser-passer consulaire a été émis la semaine dernière pour un étranger retenu à Toulouse. « Un vol est prévu pour ce pays », ajoute l’association.
Une normalisation fragile à Paris
Contrairement à la transparence affichée par Bruxelles, le ministère de l’Intérieur français garde le silence. « Contacté par l’AFP, le ministère de l’Intérieur n’a pas répondu », indique l’agence de presse. La reprise du dialogue semble toutefois porter ses « premiers résultats », selon le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot.
Le climat entre la France et l’Algérie demeure lourd après une série de crises : enlèvement d’un influenceur en 2024, arrestation de l’écrivain Boualem Sansal, ou encore expulsion mutuelle d’agents diplomatiques. Si Laurent Nuñez, au ministère de l’Intérieur, prône l’apaisement, la France reste loin de l’accord structuré que vient de signer la Belgique. À Bruxelles, le texte doit encore être ratifié par le Parlement pour entrer pleinement en vigueur.


