Audiovisuel public : Charles Alloncle dénonce « l’enrichissement de quelques-uns sur le dos du contribuable »

Le député de l’Hérault et rapporteur de la commission d’enquête, Charles Alloncle, fustige l’utilisation massive de l’argent public au profit de sociétés de production privées.
Les travaux de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public mettent en lumière des flux financiers importants vers des structures privées. Invité des « Grandes Gueules » ce mardi 20 janvier, Charles Alloncle pointe notamment du doigt le groupe Mediawan, dont Matthieu Pigasse est l’un des actionnaires. Il dénonce le fait que cette société reçoit environ 100 millions d’euros par an de France Télévisions.
Des fonds publics au profit d’investisseurs américains
Le rapporteur s’interroge sur la pertinence des contrats avec Mediawan, alors que le service public dispose de milliers de salariés internes. Il explique que ce système favorise l’enrichissement de quelques acteurs privés, le tout financé par l’impôt des Français.
L’élu UDR a exprimé son indignation concernant l’usage de la redevance : « Le cœur du sujet de cette commission d’enquête n’est pas tant les entorses au principe de neutralité qui, je pense, pour certaines, sont évidentes et sont dénoncées par nombre de Français. Mais c’est surtout l’enrichissement de quelques-uns sur le dos de l’argent du contribuable […] et notamment dans un phénomène d’hyperconcentration des contrats de production. » Il rappelle que l’audiovisuel public coûte 4 milliards d’euros par an, soit la moitié du budget de la Culture.
Le député s’étonne également que cet argent finance un fonds d’investissement américain, actionnaire majoritaire de Mediawan. « Est-ce que l’impôt des contribuables a vocation à financer un fonds d’investissement américain, dont d’ailleurs les investissements sont très contestés partout dans le monde ? Ou est-ce qu’on ne pourrait pas essayer de s’attacher à soutenir et à défendre la création et la production indépendante française ? » s’interroge-t-il.
Des soupçons de comptes maquillés et de faillite
Au-delà de ces contrats, Charles Alloncle s’alarme d’une gestion comptable qu’il juge opaque. La Cour des comptes a récemment relevé un déficit de 81 millions d’euros, malgré dix années de communiqués officiels rassurants de France Télévisions. Le parlementaire soupçonne une dissimulation de la réalité financière du groupe, évoquant même une situation de « quasi-faillite ».

Il a précisé sa pensée sur le plateau de RMC : « Donc, quand je vois ça, je soupçonne effectivement des comptes insincères, peut-être des comptes maquillés. » Le rapporteur déplore par ailleurs la lenteur de la direction à transmettre les documents nécessaires à ses investigations. Pour lui, ce manque de transparence nuit directement au contrôle parlementaire sur l’utilisation des deniers publics.
Le RN et LFI victimes d’une sous-représentation chronique
Un autre volet des critiques concerne le respect de la neutralité politique. Charles Alloncle note que plusieurs formations, comme le Rassemblement national ou La France insoumise, subissent une sous-représentation chronique. Il s’appuie sur les relevés de l’Arcom pour dénoncer une rupture de l’égalité de traitement sur les antennes d’État.
Le député rappelle que le service public doit rester fidèle à ses obligations constitutionnelles d’honnêteté. Il critique les appels à l’exclusion de certains invités politiques formulés par des chroniqueurs sur France Inter. Selon le rapporteur, les Français sont en droit d’attendre une modération exemplaire de la part de chaînes qu’ils financent intégralement par l’impôt.
En outre, le député de l’Hérault récuse fermement les accusations de partialité portées contre lui. Charles Alloncle affirme n’avoir jamais souhaité la privatisation du service public. Il dénonce des attaques personnelles visant à décrédibiliser son action parlementaire. « On me fait passer pour un émissaire de monsieur Bolloré. Je ne l’ai jamais rencontré », a-t-il ainsi clarifié pour dissiper les malentendus. Et selon lui, pointer les « dysfonctionnements financiers considérables » ne signifie pas vouloir « la peau » de France Télévisions ou de Radio France.
« On sent effectivement que mes questions dérangent »
Par ailleurs, le rapporteur s’indigne des tentatives de restriction de sa communication. Il perçoit les rappels à l’ordre du bureau de la commission comme une forme d’intimidation inédite. « C’est la première fois, par exemple, que le bureau d’une commission d’enquête explique que le rapporteur doit faire preuve de pudeur médiatique, ne doit plus live-tweeter », déplore l’élu. Il rappelle pourtant que la loi autorise parfaitement la publication des questions et des réponses lors de ces travaux publics.
En conclusion, Charles Alloncle souligne percevoir une résistance systémique face à ses investigations. « On sent effectivement que mes questions dérangent, que ces travaux dérangent et qu’il y a tout un système qui est en train de se mettre en branle pour essayer de mettre le couvercle sur ce sujet-là », analyse-t-il. Malgré ces obstacles, il maintient que la transparence reste la seule solution. Pour le député, les travaux de cette commission « peuvent avoir une vertu », celle de « sauver l’audiovisuel public ».

