Audiovisuel public : 350 personnalités dénoncent les méthodes « inquisitoriales » du rapporteur Charles Alloncle

Un collectif de 350 personnalités a publié une tribune pour dénoncer le comportement du député Charles-Henri Alloncle. Le rapporteur de la commission d’enquête sur le service public se voit reprocher une dérive inquisitoriale.
Lancés le 25 novembre 2025, les travaux de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public ont récemment suscité une vive levée de boucliers dans le monde culturel français. À l’initiative du groupe Union des droites pour la République (UDR), cette instance parlementaire a pour mission d’évaluer la neutralité et le financement des médias d’État. Cependant, un collectif de 350 journalistes et artistes a publié une tribune dans le quotidien Le Monde pour exprimer son profond malaise face au déroulement des auditions. Ces critiques ciblent directement le rapporteur, Charles Alloncle.
« Ce débat, même contradictoire, doit se dérouler dans la clarté »
Les signataires, parmi lesquels figurent entre autres le cinéaste Costa-Gavras, l’ancienne magistrate Eva Joly, ou encore les acteurs tels qu’Elsa Lepoivre, Danièle Evenou, François Berléand et Bruno Solo, ont d’abord rappelé que l’audiovisuel public a notamment pour mission « d’informer avec rigueur » et de « garantir le pluralisme des opinions ». Selon eux, ces objectifs sont cruciaux face à la « montée de la désinformation » et à la concurrence des plateformes. Le collectif a toutefois admis que « l’audiovisuel public doit bien sûr accepter le débat. […] Il a des droits et des devoirs. »

Les auteurs de la tribune ont également souligné l’importance d’une confrontation d’idées saine et respectueuse. Ils ont précisé que ce débat, « même contradictoire, doit se dérouler dans la clarté, […] le plus loin possible des polémiques partisanes et des arrière-pensées tactiques, électorales et politiciennes ».
« Une posture de procureur »
Le collectif a ensuite pointé du doigt les méthodes de Charles-Henri Alloncle. Il déplore « les méthodes inquisitoriales, diffamatoires et menaçantes employées par le rapporteur et par certains députés membres de la commission ».
Les auteurs du texte estiment que les interventions de l’élu dépassent le cadre parlementaire habituel. Ils affirment que « ses interventions, caractérisées par une posture de procureur et des mises en cause appuyées, ont donné le sentiment d’un glissement préoccupant du pouvoir législatif vers une attitude relevant du pouvoir judiciaire ». Cette attitude aurait ainsi fragilisé le principe fondamental de la séparation des pouvoirs selon eux.

« Un rapporteur ne saurait transformer une commission d’enquête en tribunal »
Les participants à la tribune estiment que cette commission donne aujourd’hui un « triste spectacle ». Des propos que son président, le député (Horizons) du Calvados Jérémie Patrier-Leitus, avait lui-même prononcés. En effet, malgré les efforts de ce dernier pour maintenir des échanges respectueux, la tension n’a cessé de croître. Pour les signataires, cette dérive a porté atteinte à la dignité de la représentation nationale. Ils ont rappelé avec fermeté qu’« un rapporteur ne saurait transformer une commission d’enquête en tribunal, ni se départir de la retenue, de l’impartialité et de la dignité qui fondent sa légitimité ».
Au-delà des critiques personnelles, le collectif a mis en avant le rôle crucial des missions du service public. Dans un contexte de défiance généralisée, l’audiovisuel doit garantir le pluralisme et soutenir la création. En conclusion, le texte insiste sur la nécessité de mener ces débats avec une rigueur absolue. « Il nous semble essentiel que les travaux parlementaires, en particulier lorsqu’ils concernent un pilier de notre démocratie comme le service public de l’audiovisuel, soient menés avec exemplarité », ont martelé les personnalités engagées.


